Denis Marion tiré de l’ombre

DE DECKER,JACQUES

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Vendredi 16 janvier 2009

Il fut une des grandes plumes de ce journal, dont il dirigea le bureau de Paris avant Yvon Toussaint, mais où il exerça aussi sa sagacité de critique cinématographique et d’historien du septième art. Mais ce n’était là qu’une des facettes d’un intellectuel et homme de lettres éminent, qui traversa le siècle dernier. Né à Bruxelles en 1906, il mourut à Paris en 2000.

Un ouvrage très complet, nourri d’un colloque consacré à Denis Marion par l’ULB l’année de son centenaire, permet d’en savoir long sur une figure majeure et injustement méconnue. À l’initiative de Paul Delsemme, Jean-Pierre Devroey et Paul Aron, l’alma mater bruxelloise avait organisé à celui qui avait assuré dans ses murs le premier enseignement du cinéma une journée d’étude, une exposition et un tournoi d’échecs (jeu où il excellait).

Pleins feux sur un homme de l’ombre s’ouvre sur un parcours biographique scrupuleusement relaté par le regretté Paul Delsemme. Il contient aussi l’évocation de quelques-unes de ses amitiés littéraires dans le milieu surréaliste, notamment avec Paul Nougé, qu’il ne cessa de soutenir dans l’adversité.

Dominique Nasta, responsable du Centre d’études cinématographiques de l’ULB, retrace son travail de pionnier en la matière, qu’il accomplit aussi à la cinémathèque de Bruxelles. S’il est peu question, sinon dans un entretien, de sa collaboration au film L’Espoir d’André Malraux (il est vrai qu’il y a consacré lui-même un ouvrage chez Seghers), son partenariat avec le cinéaste Albert Valentin est étudié de près, ainsi que son amitié, largement épistolaire, avec Louise Brooks.

Dans une très belle étude, Bibiane Fréché développe ses affinités anglo-saxonnes, en particulier sa prédilection pour Daniel Defoe, dont il a écrit la biographie et traduit aussi bien Moll Flanders que Lady Roxana. Par ailleurs, Nancy Delhalle analyse en profondeur son activité de dramaturge, en particulier ses pièces Le juge de Malte et L’Affaire Fualdès qui, lorsqu’elles furent créées à Paris, en 1948 et 1951, ne passèrent pas inaperçues.

Il reste à présent à attendre que Denis Marion obtienne une place digne de lui dans les histoires de la littérature belge qui ne se préoccupaient guère de son sort. Et que les étudiants poursuivent les travaux entamés ici. Précisons à ce propos que les archives de cet écrivain de haute tenue sont conservées dans la Réserve précieuse de l’ULB.

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