Faux Van Gogh, vrais Gachet, mode d’emploi

LEGRAND,DOMINIQUE

Mercredi 21 janvier 2009

Faussaires en famille. Benoît Landais mène l’enquête. Il démontre les falsifications qui troublent l’image de Van Gogh.

Un acteur de premier plan : le docteur Paul Gachet. La victime : Vincent Van Gogh, mais aussi Cézanne, Pissarro… Des seconds couteaux : le rusé Gachet junior, Blanche Derousse, une bonne amie aux mains prodiges. Des musées dans la tourmente : Orsay en tête qui détient un douteux Portrait du docteur Gachet, le Metropolitan Museum de New York et même le musée Van Gogh d’Amsterdam. Le grain de sable ? Benoît Landais, un acharné de la vérité toute la vérité, spécialiste du peintre à l’oreille coupée.

Bille en tête, Landais n’est pas un inconnu des musées. Il conteste depuis 20 ans l’attribution de certaines toiles de Vincent Van Gogh face à des conservateurs qui persistent et signent. Avisé et tenace, Landais entend balayer des années de duperie. Ce Colombo de l’histoire et du marché de l’art fait mouche une nouvelle fois. Pavé dans la mare, son dernier ouvrage, La folie Gachet, apporte des preuves apparemment irréfutables : le docteur Gachet, lion des donations aux grands musées français, est bien ce faussaire de premier ordre, un homme sans scrupule à la tête d’un véritable atelier de copistes.

Vincent lui-même avait des soupçons sur son prétendu ami. Ces mots prémonitoires, écrits à son frère Théo le 10 juillet 1890, le prouvent : « Je crois qu’il ne faut aucunement compter sur le docteur Gachet. »

Bas les masques !

Au centre de l’accusation de falsification, un secret de famille jusqu’ici jalousement gardé. L’histoire commence sur un marché aux puces. En 2003, Thierry et Isabelle achètent un grand miroir pris dans un cadre Louis-Philippe. Le tain est parfois mangé. En y regardant de plus près, le couple discerne un dessin dans les interstices. On démonte le dos du miroir et, derrière une bonne liasse de journaux datés de 1920, que découvre-t-on ?

Un dessin, le portrait du docteur Gachet. Il est signé « Vincent ». Sept lettres mythiques pour un vrai Van Gogh ?

Les preuves tombent comme des dominos. Ceci n’est pas un Van Gogh. C’est un pastiche, un travail d’après photos. Au bas du dessin, une date : 1890. Les mains du docteur ont été reprises du Portrait de Julien Tanguy. Le col de la chemise est emprunté à l’Autoportrait aux flammèches

Qui a assemblé ce puzzle ? Blanche Derousse, une amie de Gachet. Benoît Landais sort les preuves à conviction une par une. Il démonte la supercherie, pointe une date fallacieuse, décompose le dessin dont aurait été tirée la seule eau-forte de Van Gogh. Pas de chance, Gachet s’embrouille dans les dates et selon ses dires, Vincent aurait tiré son portrait cinq jours avant d’avoir rencontré le bon docteur !

Tout aussi passionnant, Landais persiste et va encore plus loin. Il débobine tout le fil rouge, la manière très habile qu’utilise le clan Gachet et fils pour introniser un faux en Van Gogh de première eau. L’incroyable escroquerie a été menée de mains de maître par une famille de faussaires sans qualifications sinon un certain art du pastiche.

La spécialité de la bande trouble toujours l’image de Van Gogh, tant certains musées, comme Orsay, avalent difficilement la pilule au point de programmer en 1999 l’exposition impossible centrée sur la donation Gachet à l’Etat français.

L’amour de l’art est au centre de cette enquête. Pour balayer des années de duperies, Benoît Landais a la bonne idée d’avancer sur un jeu de l’oie, une sorte de Cluedo où le colonel Moutarde, docteur Olive et Miss Pervenche sont remplacés par les fiches signalétiques des principaux protagonistes, avec en tête de liste des suspects cette fameuse Blanche Derousse, si douée dans le domaine du glissement d’attribution…

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