Une pilule antipoids sans prescription

SOUMOIS,FREDERIC

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Lundi 26 janvier 2009

Obésité Jusqu’ici, l’orlistat était réservé aux obèses morbides

A l’origine, c’était une petite bactérie qui vivait à Majorque. Mais les chercheurs ont découvert qu’elle pouvait aider les malades en excès de poids à diminuer l’effet de la surcharge pondérale. Comment fonctionne l’orlistat ? Il agit au niveau du système digestif en empêchant l’absorption d’une partie (30 %) des graisses et le système sanguin et donc tout stockage de l’excédent éventuel. Et fréquent, puisque le Belge moyen absorbe 40 à 45 % de graisses dans son apport calorique, alors que cet apport ne devrait pas dépasser 30 %.

Que devient la graisse absorbée dans l’estomac et qui n’« entre » pas dans l’organisme ? Elle est expulsée par les voies naturelles, si possible aux toilettes… quand on a le temps d’y arriver. « C’est le seul effet secondaire de l’orlistat, explique le professeur André Scheen, chef du service de diabétologie et de nutrition de l’Hôpital universitaire de Liège. Gonflement, gargouillis, diarrhée, voire incontinence anale sont parfois observés, mais sans conséquences autres que pour le confort de la personne. Il n’y a pas d’effet négatif sur l’organisme. »

Comment en être sûr ? Parce que ce médicament a été utilisé depuis 10 ans par des millions de personnes, sous le nom de Xénical. Dans ce cas, l’orlistat est dosé à 120 mg et soumis à la prescription médicale. Dans un suivi sur 4 ans et combiné à un régime, le Xénical a donné une réduction, par an, de 10,6 kilos, une diminution de 9 centimètres de tour de taille, de 11,3 % du cholestérol LDL, ainsi que d’une réduction notable des valeurs de tensions artérielles (7 mm de systolique, 3,4 de diastolique). « Le risque diabétique de type 2 est également réduit de 30 % », explique André Scheen.

Pas un soutien à l’anorexie

La nouvelle forme d’orlistat, qui portera le nom d’Alli, sera dosée à 60 mg et pourra être délivrée sans prescription. Chez GlaxoSmithKline, qui l’introduira en mai, on indique que la prise recommandée sera de 3 comprimés par jour, mais on souligne aussi que le médicament ne donne son effet que dans le cadre d’un régime pauvre en calories et en graisses. Et que le médicament ne devrait être délivré qu’aux personnes qui ont un indice de masse corporelle (IMC : soit le poids divisé par la taille au carré) dépassant 28. Même si rien n’empêchera quelqu’un de moins corpulent d’acheter le produit. Au risque d’en faire un « doigt dans la gorge chimique » et de permettre aux anorexiques d’utiliser une béquille médicamenteuse ?

« Il n’y a pas de risque de cet ordre. Cela ne fera pas maigrir les maigres. Et ceux qui voudraient se remplir de fast-food et prendre le produit s’exposeront aux effets secondaires, qui s’amplifient à la mesure de la graisse excédentaire qu’on absorbe », rassure André Scheen.

Si la prise en charge médicale, le conseil diététique et la persévérance sont nécessaires pour atteindre l’objectif, pourquoi délivrer sans prescription ? « Parce que des millions de personnes, pour perdre leur surpoids, prennent n’importe quelle substance, non vérifiée et sans autre effet que de vider leur portefeuille et mettre leur vie en danger. Cette molécule-ci, elle, est sûre. Et, pour être efficace, pousse le malade à respecter des attitudes de vie plus saines. »

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