Le soutien à la cause palestinienne surpasse les communautarismes

n.c.

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Mardi 27 janvier 2009

Carte blanche

Association Belgo-Palestinienne, Centrale Générale-FGTB, Groupe Palestine-Santé, Intal, MIR-IRG, Présence et Action culturelles (PAC), Service Civil international, Union des Progressistes Juifs de Belgique, Vrede

Jamais une manifestation de solidarité avec la cause du peuple palestinien n’a rassemblé autant de monde à Bruxelles. Elle suscite donc des débats à la mesure de son succès. Nous réfutons cependant les critiques formulées dans la Carte blanche intitulée « Le pouvoir aux barbus ? Non merci ! », du 14 janvier.

Lorsque les auteurs affirment d’emblée « qu’on ne peut passer sous silence les multiples dérapages constatés lors des récentes manifestations pro-palestiniennes », nous leur donnons raison. Des dérapages ont bien eu lieu et ont choqué beaucoup de manifestants. Il faut les dénoncer. Peut-on dire pour autant, comme les auteurs de la Carte blanche, que « les organisations socioreligieuses musulmanes » donnaient essentiellement le ton ? Peut-on ainsi assimiler tous les manifestants issus de l’immigration maghrébine et turque à l’islamisme ? Ces amalgames véhiculés par cette Carte blanche conduisent à stigmatiser l’ensemble de la communauté musulmane. Les auteurs prennent à leur compte la citation suivante de l’hebdomadaire français Marianne : « Des barbus occupent le pavé… tandis que les femmes voilées attendent à une rue de là, alignées comme à la parade. » Quel cliché ! Nos censeurs devraient se réjouir de ce qu’à Bruxelles les femmes voilées ou non manifestaient dans la rue.

Pensent-ils que cette manifestation de plus de 30.000 personnes selon la police, en réalité sans doute le double, puisse se réduire aux seuls islamistes ? Serait-il interdit aux femmes voilées et aux musulmans de manifester ?

Le ton était donné très largement, malgré les dérapages, par les mots d’ordre officiels. Il est vrai que nous avons encore beaucoup de mal à prendre en compte la diversité de la société dans laquelle nous vivons ensemble. N’en déplaise aux signataires de la Carte blanche, il y avait parmi les manifestants beaucoup plus de jeunes encore imberbes que de « barbus » et beaucoup de femmes de tout âge, à l’image précisément de la population bruxelloise.

La Carte blanche dénonce « la touche très communautariste de la manifestation ». Le fait est que les communautés juives et arabo-musulmanes, comme on tend à les désigner, sont particulièrement touchées par ce conflit. Cependant, alors que la manifestation « pro-israélienne » du 7 janvier dernier devant l’ambassade d’Iran était convoquée par le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique, la manifestation « pro-palestinienne » l’était par un large ensemble d’organisations, dont la grande majorité n’avait rien à voir avec la « communauté arabo-musulmane ». Il semble donc que « l’importation du conflit » et sa « communautarisation » sont moins gênantes lorsque l’opinion est largement pro-israélienne.

Les dérives antisémites sont bien sûr inacceptables et nous partageons les inquiétudes des auteurs de la Carte blanche. À juste titre les Juifs et l’Europe ont conservé le traumatisme du génocide et l’antisémitisme doit être universellement banni. On a cependant aussi le droit de s’interroger sur le bien-fondé de l’usage obsessionnel de la Shoah par les gouvernements Israéliens, afin de légitimer à la fois une conscience nationale exclusive et arrogante et une politique ultra-sécuritaire et belliqueuse. La voie n’est-elle pas dès lors tracée vers ces dérives ? Ainsi aux slogans « islamo-fascisme », « Hamas égal nazi » et naguère « Arafat égal Hitler » répondent « Israël égal nazi », « Gaza égal Auschwitz » ou « étoile de David égal croix gammée ». Quelles que soient les origines de ces dérives, elles ne nous autorisent pas pour autant à les accepter.

Pour « ne plus se laisser piéger par ces manifestations noyautées par des religieux réactionnaires » que dénoncent les auteurs de la Carte blanche, et pour faire œuvre pédagogique, quel meilleur moyen que la présence de l’Union des Juifs Progressistes de Belgique parmi les organisateurs et les manifestants ? Pourtant les auteurs de la Carte blanche prônent leur retrait alors qu’ils sont le plus efficace antidote contre les dérives.

La manifestation incite à publiquement démonter le piège d’une argumentation perverse qui transforme systématiquement les victimes en agresseurs et les agresseurs en victimes. Ainsi l’État d’Israël, généralement présenté « comme la seule démocratie de la région », est de ce fait doté d’une nature vertueuse et exonéré du respect de la protection des populations civiles en temps de guerre et de la déclaration des droits de l’homme. Face à lui, les résistants palestiniens, qu’ils soient ou non du Hamas, sont tous, comme par enchantement, transformés en terroristes. Pour disqualifier dans ce contexte le soutien à la cause palestinienne certains se plaisent à brandir l’accusation d’antisémitisme.

Qu’il soit évident qu’en aucun cas nous n’avalisons des comportements antisémites. Nous nous acharnons au contraire à les combattre. Nous condamnons aussi les tirs de roquettes du Hamas. Cependant, il ne faut pas inverser les responsabilités. La population palestinienne est prisonnière depuis longtemps et maintenant massacrée à Gaza par l’armée israélienne. Des foules en grand nombre, à Bruxelles comme ailleurs dans le monde, condamnent cette brutale agression. L’image d’Israël est dégradée. Cela incite certains à jeter le discrédit sur ces rassemblements. L’assimilation des manifestants aux « barbus », et leur criminalisation lorsqu’ils sont amalgamés aux casseurs de fin de cortège s’inscrivent dans un récit des événements qui substitue l’opprobre jeté sur les manifestants à la protestation contre l’agression israélienne.

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