Un plan en 30 points pour relancer l’école

BERKENBAUM,PHILIPPE

Jeudi 5 février 2009

Les parents de l’enseignement officiel veulent une révolution pour lutter contre l’échec. Et leur président, Hakim Hedia, propose de structurer l’officiel sur le modèle du libre.

C’est au moment où les associations de parents d’élèves et leurs fédérations se voient reconnaître un statut officiel à part entière par le gouvernement de la Communauté française, qui a adopté vendredi un texte en ce sens, que la principale d’entre elles fait entendre sa voix. La Fapeo, Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel, a entrepris une tournée des partis politiques pour les convaincre de lancer un véritable « plan Charlemagne de l’enseignement », par analogie au plan Marshall de relance de l’économie wallonne.

Objectif prioritaire : repenser de fond en comble la politique de lutte contre l’échec scolaire qui, comme l’attestent les évaluations externes dans nos écoles, n’a produit jusqu’ici aucun résultat tangible. Et qui, selon la Fapeo, fait reposer sur les familles une grande partie de la charge en matière de soutien et d’accompagnement des élèves.

Mais en marge de sa promotion et à quelques encablures des élections régionales, le président de la Fapeo jette par ailleurs un pavé dans la mare en suggérant carrément aux politiques une réforme structurelle de notre système d’enseignement – cinquante ans après l’adoption du Pacte scolaire. Pour Hakim Hedia, le temps est venu de « changer de paradigme si l’on veut sortir de la dualité qui prévaut en Communauté française entre écoles d’élite et écoles ghettos, les premières appartenant surtout au réseau catholique et les autres à l’enseignement officiel. Il faut rendre à celui-ci ses qualités du passé. Les laïcs ont aussi droit à l’élitisme ». Rappelons que notre système se caractérise par l’existence de plusieurs réseaux, les principaux étant le catholique (libre confessionnel), celui de la Communauté française et ceux des communes et provinces (officiel subventionné). Or, constate Hakim Hedia, le réseau catholique est extrêmement puissant car très bien structuré, coiffé d’une coupole qui fédère tous les pouvoirs organisateurs et autres acteurs du même bord, associations de parents comprises. Le Segec, Secrétariat général de l’enseignement catholique, est seul interlocuteur du gouvernement pour tout ce qui concerne les écoles de son réseau. Côté officiel, en revanche, c’est l’éclatement total, avec une multitude d’acteurs, d’interlocuteurs et

de… chapelles aux intérêts divergents.

Le président de la Fapeo suggère que tous ces pouvoirs organisateurs se fédèrent sous une coupole analogue à celle des catholiques, qui pourrait s’appeler le Secrétariat général de l’enseignement officiel (Segeo). Et qu’enfin, tous parlent d’une même voix. Condition de réussite du plan Charlemagne et de toute autre réforme ambitieuse de l’enseignement.

Deux super-PO face au pouvoir public… Cela supposerait, bien sûr, que le ministre de l’Enseignement obligatoire cesse d’être à la fois juge (régulateur) et partie (lui-même pouvoir organisateur), qu’il abandonne la seconde casquette pour se contenter de la première. Utopie ? « Le monde politique a perdu de vue que l’avenir de la société repose sur un système d’éducation efficace et équitable. Il faudrait ne plus avoir à la tête de notre enseignement des hommes et des femmes de partis, mais d’Etat. Transcender les idéologies individuelles pour le bien-être collectif ». Voilà pour le sommet de la pyramide. A la base, estime Hakim Hedia, il faut « rendre aux directeurs d’écoles une vraie autonomie avec des objectifs à atteindre, liés à leur projet pédagogique, à leur environnement et aux besoins de leur population scolaire, et une obligation de résultat. A eux de déterminer les moyens nécessaires pour atteindre leurs objectifs, au gouvernement de les leur donner. L’inspection doit aussi en revenir à sa fonction première : le soutien et l’aide pédagogique et non la gestion ou la sanction des enseignants. Comme au temps de Maurice Grevisse ».

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