L’horizon est très sombre pour la Belgique

THOMAS,PIERRE-HENRI

Mercredi 11 février 2009

La crise s’est tellement aggravée que la Banque nationale de Belgique table désormais sur un recul du PIB belge de 1,9 % et une perte de 57.000 emplois entre décembre 2008 et décembre 2009. En un an, le chômage passerait de 7,1 % à 7,8 %. La seule bonne nouvelle vient de l’inflation, qui n’est plus une menace.

Voici deux mois, la Banque nationale de Belgique avait publié des prévisions ternes, mais pas trop inquiétantes : pour l’économie belge, elle prévoyait en décembre une croissance 2009 légèrement en berne, – 0,2 %.

En les présentant, le gouverneur de la BNB Guy Quaden avait quand même dit avoir des problèmes avec ces chiffres.

Deux mois plus tard, on comprend pourquoi : la crise s’est tellement aggravée que la BNB table désormais sur un recul du PIB belge de 1,9 % et une perte de 57.000 emplois, entre décembre 2008 et décembre 2009 (en un an, le chômage passerait de 7,1 % à 7,8 %). La seule bonne nouvelle vient de l’inflation, qui n’est plus une menace. Grâce à l’effondrement du prix du pétrole, des matières premières, la hausse des prix, qui a culminé à 5,7 % en juillet, n’atteindrait que 0,5 % cette année.

Cette révision déchirante est causée par la dégradation rapide de l’environnement international, explique Guy Quaden.

On prévoit une décroissance de 2,8 % en Grande-Bretagne 2,6 % au Japon, 2,3 % en Allemagne, 1,6 % aux Etats-Unis…

Et puis, « en Belgique, comme dans les autres pays, nous avons connu un quatrième trimestre catastrophique », note le gouverneur de la BNB. Sur le seul dernier trimestre 2008, l’économie a baissé de 1,3 %. La croissance pour la totalité de 2008 n’est d’ailleurs plus estimée qu’à 1,1 %, contre 1,4 % auparavant.

Le point de départ de cet effondrement, c’est le mois de septembre et la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers.

Avant cette date, les banquiers centraux parlaient de « turbulences financières ». Après Lehman Brothers, le monde entre dans une vraie crise. Le marché interbancaire est paralysé, les Bourses s’effondrent et les autorités interviennent massivement pour sauver le système.

Parallèlement, les ménages et les entrepreneurs perdent confiance. Les baromètres de confiance ont chuté en novembre et en décembre. En janvier, la confiance a connu un petit rebond. « Je ne sais pas s’il est durable, dit Guy Quaden. Mais il est improbable en tout cas que la confiance chute à nouveau à la même vitesse dans les mois à venir ».

C’est par ce biais-là que la crise s’est instillée dans l’économie réelle : pris de peur, les ménages ont arrêté de consommer, et les entreprises d’investir. D’où le coup de massue sur l’emploi.

Un des rares éléments rassurants, c’est que l’intervention des banques centrales a dégelé un peu le marché monétaire : les banques se reprêtent à des taux équivalents à ceux qu’elles pratiquaient avant l’affaire Lehman.

Mais cette intervention a un coût : le budget de l’Etat devrait être en déficit de 3,3 % cette année, et l’endettement remonter à nouveau, pour la première fois depuis le milieu des années 90, pour passer de 88,7 % du PIB l’an dernier à 94,8 %.

La situation est grave. Mais elle aurait pu être pire. « Je voudrais donner un coup de chapeau à l’euro », conclut Guy Quaden. La Belgique a vécu une longue crise politique, puis une crise financière. Sans l’euro, la BNB aurait dû pour défendre le franc augmenter ses taux et vider ses réserves de change. Les marchés ont d’ailleurs procédé à une réévaluation des risques, ce qui se traduit par un écart de taux de plus en plus grand que la Belgique doit payer par rapport à l’Allemagne. « Toute forme de dérapage a un coût », conclut Guy Quaden

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