Un réseau de tram dès 2015

BODEUX,PHILIPPE

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Mercredi 11 février 2009

Mobilité Présentation d’un premier tracé aux autorités communales

Un plan global sinon rien… Le ministre Antoine a reçu cinq sur cinq le message des bourgmestres liégeois.

En région liégeoise, le tram se conjugue désormais au pluriel. D’une seule ligne Herstal-Jemeppe, la Société régionale wallonne de transport (SRWT) est passée à un réseau « global, intégré et phasé ». Global parce qu’il comprend l’ensemble de l’agglomération liégeois, intégré parce qu’il valorise la complémentarité entre le train, la voiture, le bus, le tram et le vélo et phasé parce que, désormais, il comprend plusieurs lignes de tram dont la réalisation s’étalera dans le temps.

Mis sous pression par les bourgmestres liégeois et l’opposition Écolo, le ministre wallon de la mobilité André Antoine a donc finalement opté pour un réseau ambitieux. « Dans une première phase – endéans les six ans –, la ligne 1 sera réalisée, reliant la gare multimodale de Jemeppe au site Basse-Campagne à Herstal en passant par la gare TGV et la place Saint-Lambert. L’accord politique est là, le financement via un partenariat public-privé sera bouclé dans les prochaines semaines, déclare le ministre. Nous partagerons les risques avec une société privée qui s’occupera de la construction et la maintenance du tram tandis que le TEC exploitera la ligne. Les 500 millions prévus couvrent les expropriations, la réalisation de la ligne, la construction d’un dépôt de tram (Tilleur ou Basse-Campagne), et l’achat des rames notamment. »

Ce mardi, le tracé précis de la ligne 1 a été dévoilé en présence des bourgmestres concernés. Partant du site de Basse-Campagne où seront construits un parking-relais et une connexion avec les lignes de bus de la Basse-Meuse, la ligne de tram passe ensuite au centre de Herstal (lire ci-dessous) avant de rejoindre la gare des bus de Coronmeuse et son parking-relais. Ensuite, le tram évite le cœur du quartier Saint-Léonard pour filer sur les quais. À hauteur de la place des Déportés, deux options restent envisagées : un passage par la rue Féronstrée ou une poursuite du trajet le long de l’eau avant de bifurquer vers la place Saint-Lambert par la rue Léopold. La première option a les faveurs des autorités communales : « Mettre la rue Féronstrée en piétonnier pour n’y faire passer que le tram serait un geste fort », déclare le bourgmestre Willy Demeyer.

À partir de la place Saint-Lambert, le tram utilise l’actuel site propre des bus jusqu’au bout du parc d’Avroy. À partir de là, deux options en concurrence : soit un passage par la rue des Guillemins avec un arrêt au milieu, soit une arrivée à la gare par la future esplanade. « Nous préférons l’option esplanade, répète le bourgmestre. Mais cela demande une étude précise ». La suite est connue : rue Varin, place Leman, le stade du Standard (parking-relais et connexion vers le Sart Tilman) puis la gare mutlimodale de Jemeppe via le Val Benoît et la rue Ernest Solvay. « Le tram pourrait continuer jusqu’au centre de Jemeppe avec une mise en piétonnier de la rue principale », ajoute le bourgmestre Alain Mathot.

La nouveauté c’est la réalisation d’une deuxième ligne reliant non pas Fléron à Ans par la N3 mais Vaux et Chênée à Ans, en passant par le centre-ville de Liège et Glain (lire ci-dessous). D’un coût variant entre 300 et 700 millions d’euros selon le nombre d’ouvrages d’art à réaliser, la ligne 2 participerait à la réalisation d’une boucle au centre de liège passant par les divers pôles tels que la Médiacité, Outremeuse voire le Palais des Congrès. Son financement est loin d’être acquis. « J’irai voir les autorités wallonnes après les élections régionales », déclare Willy Demeyer. Quant à la desserte de Fléron, elle n’est pas oubliée. « Nous réservons un bus à haut niveau de service pour la N3 », explique Jean-Marc Vandenbroucke, administrateur-général de la SRWT.

Conscient d’éventuelles levées de bouclier que la réalisation du tram va susciter, le ministre Antoine veut organiser une vaste participation citoyenne en créant un « guichet d’information et de communication permanentes ». Enfin, l’implantation d’un réseau de vélos en libre-service à Liège, Herstal, Seraing et Chaudfontaine est incluse dans le plan ainsi qu’une dizaine de parkings-relais destinés à réduire l’usage de la voiture au centre de l’agglomération.

Un tram vers Jemeppe, un tram-train vers Seraing

Il y a quelques mois (Le Soir du 10 décembre 2008), le bourgmestre de Seraing annonçait sa volonté d’utiliser la voie ferrée qui traverse le bas de Seraing pour la circulation d’un tram-train reliant Flémalle, Seraing aux gares des Guillemins et du Palais. « Entre Seraing et Jemeppe, la Meuse constitue une frontière, explique Alain Mathot. S’il y a un tram en rive gauche, il faut l’équivalent en rive droite ».

Le maïeur de Seraing a été manifestement entendu. Dans le plan global intégré, les lignes ferroviaires de l’agglomération liégeoise constituent une croix qui se superpose à celle formée par les deux lignes de tram. Chaudfontaine, Visé, Bressoux, Herstal, Milmort, Flémalle, Esneux sont autant d’entités reliées à Liège par le train. Mais dans le cas de Seraing, les choses pourraient aller très vite. « L’étude menée par la SNCB pour la mise en service d’un tram-train sur la ligne 125 doit être finie pour le mois de mars », déclare Alain Mathot. Quand il parle de tram-train, le bourgmestre pense aux voitures de la SNCB en passe d’être déclassées en région bruxelloise pour cause d’achat de matériel plus adapté au RER. « Dans un premier temps, nous pourrions utiliser ces voitures le temps de valider l’option tram-train. L’investissement est léger et ne nécessite que des aménagements d’arrêts. Par la suite, si l’essai est concluant, nous pourrions alors passer au tram-train, un véhicule plus léger et plus souple que le train et capable de circuler sur une voie ferrée. »

L’idée fait florès en Allemagne où le tram-train circule sur les voies de tram au centre-ville avant de rejoindre la périphérie en empruntant les voies de chemin de fer. Un mode de transport en commun particulièrement adapté aux communes plus éloignées du centre-ville mais traversées par une voie de chemin de fer. « Les lignes existent, ce serait dommage de s’en passer », souligne le bourgmestre de Chaudfontaine Daniel Bacquelaine. Encore faut-il que la SNCB et la SRWT collaborent…

Le tracé de la ligne 1 va modifier fortement le visage de Herstal

La ligne 1 allait-elle s’arrêter à Coronmeuse ou traverser Herstal jusqu’au site de Basse-Campagne ? Le bourgmestre de Herstal Frédéric Daerden craignait de voir le centre de sa commune ignoré par le tram. Il n’en est rien. Une partie significative du tracé serpente le centre de Herstal avec six stations réparties sur le territoire de la commune.

Sur le site de Basse-Campagne, en bordure du centre commercial, un parking-relais permettra aux automobilistes venant de la Basse-Meuse ou de l’autoroute de prendre le tram pour gagner le centre de Liège. C’est également sur ce site que devraient arriver les bus venant d’Oupeye, Bassenge et Visé. Par ailleurs, le terrain de Basse-Campagne est un des deux sites retenus – avec Tilleur – pour la construction du futur dépôt de tram.

La ligne 1 traverse ensuite la commune de Herstal en son centre, avec une station à hauteur des anciennes usines Acec, une à la FN, une autre en contre-haut de l’hôtel de ville, une cinquième à l’ancienne gare et une dernière à hauteur du pont Marexhe, boulevard Ernest Solvay. Entre tous ces points, une série de propriétés à exproprier de manière à faire de la place : une ligne de tram à double sens nécessite au moins six mètres de large.

« Il y aura des expropriations, confirme Frédéric Daerden mais j’espère qu’elles seront limitées à quelques dizaines en ce qui concerne les habitations. Quoi qu’il en soit c’est l’occasion pour nous de mettre de la cohérence dans tous les chantiers qui s’annoncent ces prochaines années ».

Outre le fait qu’il dessert des zones densément peuplées et d’autres pourvues en activités économiques, le tram herstalien devrait jouer la complémentarité avec le train. « Il passe devant l’ancienne gare et favorise la remise en service de l’arrêt de la Préalle et valoriser la desserte de Liers et Milmort voire, plus loin, Tongres et Hasselt », explique le bourgmestre de Herstal qui s’estime « entièrement satisfait » par le choix de la SRWT.

Un tracé sinueux pour monter à Ans en passant par Glain

Même si elle comporte encore beaucoup d’inconnues quant à son tracé précis, la ligne 2 du tram… déroute. Elle part de Vaux-sous-Chèvremont, passe à Chênée, Grivegnée et rejoint la place Saint-Lambert soit par Fragnée et les Guillemins, soit par des variantes passant par Outremeuse ou le Palais des Congrès. Ensuite, elle monte vers Fontainebleau et, au lieu d’emprunter la nationale 3 vers Ans, elle serpente en passant par Burenville et Glain – un arrêt à la future implantation du CHC – avant d’arriver à hauteur de la rue des Français. Là, deux options : une consistant à rallier la gare d’Ans et son parking-relais en transitant par Bonne Fortune, une autre se dirigeant vers la campagne d’Ans-Rocourt et la zone commerciale.

Incongru ? Pas vraiment. « Ce tracé prend en compte les zones de développement dans les prochaines années et relie des entités peuplées mal desservies par les transports en commun », explique Stéphane Moreau le bourgmestre ff d’Ans. L’urbanisation de la campagne d’Ans-Rocourt, la construction du CHC, la zone commerciale sont autant de lieux qui pourraient être desservis par un tram.

Pourquoi ne pas passer par la N3 ? « Elle est trop pentue à certains endroits pour y faire rouler un tram. De plus, elle n’est pas assez large à moins d’y supprimer totalement la voiture. Ce qui est exclu », déclare Stéphane Moreau. Le tram pourrait donc passer rue des Français, qui dans une « option volontariste » selon Stéphane Moreau serait uniquement dédiée au transport en commun. « Nous avons obtenu des fonds Feder pour réaménager tout le tronçon situé entre Ans et Rocourt, c’est l’occasion d’une vraie réflexion de fond », poursuit le bourgmestre ff.

Quant aux variantes situées sur le territoire de Liège-ville elles doivent encore faire l’objet d’une analyse approfondie par la SRWT. Selon le nombre d’ouvrages d’art – passage au-dessus de la Meuse – et d’expropriations, le coût de la ligne 2 est estimé entre 300 et 700 millions d’euros.

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