Bruxelles inaugure sa « galerie de l'évolution »
DU BRULLE,CHRISTIAN
Jeudi 12 février 2009
Le museum des Sciences naturelles a inauguré une nouvelle galerie consacrée à l’Evolution. Quelque 600 fossiles et 400 animaux naturalisés retraceront l’histoire de la vie sur Terre depuis les premières apparitions de la vie. Rencontre avec les muséologues qui ont rêvé, conçu et monté ce nouvel espace.
Une nouvelle Galerie de l’évolution du Muséum des Sciences naturelles ? Ce sont elles ! Michèle Antoine et Cécile Gerin. Les deux muséologues ont mis les petits plats dans les grands pour imaginer un ensemble tout entier consacré à l’histoire de la vie sur Terre et à son évolution. Un récit en six tableaux et demi.
Six et demi ? « Nous avons choisi de présenter six temps forts de l’évolution, six moments clés dans l’histoire du vivant, disent les deux femmes. Un itinéraire chronologique où, pour chaque période, nous proposons un ensemble de pièces dont les caractéristiques illustrent bien les nouveautés évolutives du moment. Ce premier volet se double d’un atelier qui permet d’observer, de comparer ou d’expérimenter les modifications les plus étonnantes de l’époque. »
Pour concevoir cette Galerie, les muséologues, – l’une est sociologue, l’autre docteur en sciences –, sont parties de rien, ou presque. « Nous disposions tout de même d’un certain cadre architectural. La vaste salle que nous inaugurons aujourd’hui a déjà une longue histoire derrière elle, précise Michèle Antoine. Il y a quarante ans, elle abritait les collections des invertébrés de Belgique. Après sa fermeture officielle, elle s’est muée en atelier de peinture. On y faisait de grandes fresques pour le musée, un peu comme dans les théâtres italiens, avec des grandes brosses. »
De cette période historique, il reste le plan incliné qui court tout le long du bâtiment. Et les vitrines en escalier.
Une mezzanine élargie accueille désormais le visiteur et lui fait découvrir les lieux en surplomb. C’est là que le voyage commence, au Cambrien. Un choix qui s’imposait de lui-même. C’est à cette époque que la vie a commencé à foisonner. Un choix également arrêté (comme pour l’ensemble des six chapitres proposés) par les pièces disponibles dans les collections du Muséum.
« Nous travaillons dans un musée, donc avec des objets, détaille Cécile Gerin. Nous avons commencé avec des périodes pour lesquelles nous avions des choses à montrer : des fossiles. »
Si l’essentiel des quelque mille pièces exposées (fossiles et animaux naturalisés) provient bien des collections maison, les muséologues ont aussi fait appel à des institutions extérieures. Ainsi, la plus ancienne pièce exposée est un stromatolithe de plus de deux milliards d’années qui provient de la KUL (Université de Louvain).
Le voyage continue vers le Dévonien, le Carbonifère, le Jurassique et l’Eocène avant d’arriver à… aujourd’hui.
« Le choix des périodes a été motivé par deux critères, précise Michèle Antoine. Celui des collections disponibles ou celui de la bonne histoire à raconter. Nous nous arrêtons longuement sur le Dévonien, parce que nous disposons d’énormément de spécimens dans nos collections remontant à cette période. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons de beaucoup de terrains datant de cette époque en Belgique. »
La chasse aux spécimens s’est aussi déroulée à l’étranger. Les collections des musées de Lyon, de Vienne, de Londres, de Toulouse ont été longuement explorées par les deux muséologues.
Des « exploratrices » qui ont aussi rencontré des spécialistes dans des domaines inattendus et aux pratiques professionnelles étonnantes. « Pour les animaux du présent, se rappelle Cécile Gerin, j’ai été amenée à rencontrer un des très rares ichthyotaxidermistes travaillant en Europe. Ce spécialiste de la naturalisation des poissons travaille en France. Et il travaille… au poids. Que je lui envoie une sardine ou un cabillaud, il me facture son travail au poids du spécimen traité. Même si la sardine lui donne beaucoup plus de boulot… »
La visite de la Galerie se termine par un « demi » dernier chapitre. Pourquoi « demi » ? « C’est comme cela que nous désignons la projection dans le futur. Un exercice de prospective où nous proposons, en annonçant la couleur (« Ceci est une fiction »), une certaine vision de ce que pourrait être la vie sur Terre dans 50 millions d’années pour six espèces animales soigneusement sélectionnées, explique Michèle Antoine.
Nous voulions montrer que les mécanismes traversant l’histoire de la vie qu’on vient de parcourir vont aussi façonner le futur, que l’homme n’est pas la fin de cette histoire. Le choix des 50 millions fait écho à notre dernier saut dans le temps entre l’Eocène et le présent. En 50 millions d’années, les crocodiles ressemblent à des crocodiles, les poissons à des poissons, etc. Les six modèles futuristes ont été imaginés sur base de raisonnements scientifiques qui ont pris en compte des phénomènes d’extinctions mineures. Ils montrent, simplement, que la vie continue… »
