Mère charmée, chien inquiet

CAUWE,LUCIE

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Vendredi 13 février 2009

Un séducteur arrive dans une famille monoparentale : un texte, fort et tendu, de Sara, illustré par Bruno Heitz de retour à la gravure.

La plupart du temps et ce, depuis près de vingt ans, Sara illustre de ses papiers déchirés et collés des albums sans texte quoique très expressifs (Eléphants, À quai, Révolution, etc., chez différents éditeurs). Changement de cap radical dans son dernier ouvrage en date, Ce type est un vautour : elle s’est contentée d’en écrire le texte et c’est Bruno Heitz qui en a réalisé les très belles images, renouant à cette occasion avec la gravure.

L’histoire est simple, issue du quotidien. Un homme séduit une jeune femme qui vit seule avec sa fillette, éclipsant complètement sa maternité. Elle paraît sous le charme, du mec, de son harmonica, de ses rires. Mais la petite trinque. Remballée, chahutée, déménagée, elle n’a plus de place. Le seul à avoir illico repéré que « ce type est un vautour », que ce séducteur ne vaut pas tripette, c’est le chien. Instinct canin.

C’est le point de vue de ce tiers qui est donné dans cet excellent album à la première personne, calligraphié à la main. De page en page, le toutou consigne l’évolution de la situation : premier matin, dimanche raté, sortie au bar, soirée dans cet « enfer », retour du couple sans un regard pour la petite, premières larmes… Le narrateur à quatre pattes ponctue chacun des faits d’un lapidaire « Ce type est un vautour » ou « ce bar est un enfer ».

La tension monte. L’atmosphère devient de plus en plus lourde. Jusqu’où la mère laissera-t-elle aller son nouveau compagnon qui, niant sa fille, la nie elle ? Réponse en fin d’album où le sursaut maternel remettra la famille, et la vie, à l’endroit. Le séducteur en sera pour ses frais même s’il reproduira vite ailleurs un schéma de « charme » identique.

Ce qui bouleverse dans cet album sensible, c’est son humanité. Le seul héros est le chien. Sara ne juge ni ne condamne la jeune maman toute illuminée par sa rencontre amoureuse. Elle se contente de rapporter les événements. Les gravures colorées de Bruno Heitz les montrent à hauteur de museau de chien ou de petit enfant : sous la table, en amputant les visages des personnages.

Car l’histoire relatée dans Ce type est un vautour est fréquente dans les familles monoparentales. Sara s’en est emparée de belle façon, mettant en scène un homme séducteur inquiétant, qui prend, consomme et jette, une mère emportée momentanément par l’ivresse de la rencontre, un enfant non omnipotent dont la détresse est accompagnée par un défenseur de premier ordre. Dès 6 ans.

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