Des OGM à l’essai en Belgique
n.c.
Vendredi 13 février 2009
Le ministre du Climat et de l’Energie Paul Magnette et la ministre des Affaires sociales et de la Santé Laurette Onkelinx ont décidé d’autoriser, sous conditions extrêmement strictes, un essai, en champ, de peupliers génétiquement modifiés. Ecolo déplore cette décision. Le ministre wallon de l’environnement, Benoît Lutgen, aussi.
En mai 2008, les ministres Magnette et Onkelinx avaient refusé l’autorisation d’un essai en champ pour peupliers génétiquement modifiés. Ce refus était notamment justifié par le fait que le demandeur – le Vlaams Instituut voor Biotechnologie (VIB) – n’avait prévu aucun protocole d’évaluation spécifique des risques environnementaux de cet essai, précise le communiqué. Le Conseil d’Etat a suspendu, en décembre, la décision prise par les ministres fédéraux.
Soutenue par la ministre flamande de la Politique scientifique, Patricia Ceyssens, le projet d’essai visait à « tester » en pleine nature, c’est-à-dire en champ, les conditions du possible développement d’une variété d’arbre transgénique à vocation de biocarburant (bioéthanol) pour le transport.
Selon le cabinet du ministre Paul Magnette, « le Vlaams Instituut voor Biotechnologie a réintroduit une nouvelle demande, reprenant cette fois un protocole scientifique d’évaluation environnementale de l’essai, absent de sa demande initiale ». Au vu de ce nouvel élément, la procédure d’avis a été réenclenchée. Et le conseil de la biosécurité a rendu, le 6 février, un avis scientifique positif, moyennant une amélioration du protocole quant à la surveillance des insectes.
Sur base de cet avis, les ministres Magnette et Onkelinx ont décidé d’autoriser l’essai, moyennant une quinzaine d’exigences strictes, dont « la nécessité de mesures additionnelles de gestion des risques par rapport à celles prévues dans le dossier » et « un protocole renforcé d’évaluation environnementale de la faune et de la flore (insectes et sols) ».
De son côté, le Vlaams Instituut voor Biotechnologie s’est fermement engagé à scrupuleusement respecter l’ensemble de ces exigences, selon le communiqué.
Evoquant « le principe de précaution et de l’avenir de la forêt », le ministre régional estime « totalement inopportun » de « se lancer dans une telle aventure ». Par ailleurs, « d’un point de vue économique, la populiculture est un secteur d’activité à part entière en Région wallonne, et plus particulièrement dans le Hainaut », rappelle M. Lutgen à l’adresse du ministre carolorégien. « Ce secteur mérite davantage de respect. Tout risque de dissémination ne pouvant jamais être exclu, une telle décision représente une menace pour le secteur », souligne-t-il.
Le ministre wallon regrette que les Régions n’aient pas été concertées par les ministres fédéraux avant de prendre leur décision. « C’est pour le moins surprenant puisque ce point était à l’ordre du jour du Comité de concertation Etat fédéral – Régions du mercredi 18 février », épingle M. Lutgen.
De son côté, Ecolo déplore l’absence d’analyse de la pertinence socio-économique dans la procédure d’autorisation des essais OGM. Epinglant le ministre Paul Magnette, les Verts demandent que la législation belge soit revue d’urgence. « Une des conclusions du Printemps de l’Environnement insistait sur la nécessité d’apporter un éclairage socio-économique sur cette problématique, ce qui était également le souci des ministres européens de l’Environnement au mois de décembre », a rappelé Jean-François Fauconnier, spécialiste des OGM chez Ecolo. « Le ministre Magnette est contraint de suivre le Conseil de biosécurité qui se limite à analyser la pertinence de l’essai à travers le prisme scientifique. Il faut d’urgence revoir la législation belge afin que d’autres aspects soient pris en compte, relatifs aux questions de société et à l’impact socio-économique. Cela donneraitplus de pouvoir au ministre », a-t-il ajouté.
(belga)
