Luc Van den Brande convoite le Conseil de l’Europe

LAMENSCH,MICHELLE; LABAKI,MAROUN

Mercredi 18 février 2009

Exclusivité Le Conseil de l’Europe a accouché d’une convention-cadre pour la protection des minorités nationales, que la Belgique n’a pas ratifiée en raison de l’opposition de la Flandre. Parmi les adversaires radicaux de ce texte : Luc Van den Brande (CD&V). Or, voilà le sénateur favori au poste de secrétaire général du Conseil de l’Europe.

Le sénateur CD&V Luc Van den Brande va-t-il devenir, en juin prochain, secrétaire général du Conseil de l’Europe, l’organisation qui regroupe 47 pays du continent, et dont le siège est à Strasbourg ? C’est très possible.

« Il est maintenant presque incontournable, nous dit le socialiste francophone André Flahaut, qui siège également à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. C’est l’aboutissement d’un long processus de lobbying intense de sa part. Il a des airs polis, rassurants, affables, il sait y faire en protocole, et il faut reconnaître qu’il s’est montré très dynamique dans l’institution. »

Sa candidature a été officiellement présentée par la Belgique, mais à bas bruit, du temps d’Yves Leterme. C’était la première étape formelle.

A l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui élit le secrétaire général, Luc Van den Brande jouit de solides appuis politiques. Il est même le chef du principal groupe parlementaire, le groupe conservateur PPE/DC, qui dispose de 32 % des sièges !

Et une sorte d’alternance est de mise au secrétariat général. Or, le secrétaire général sortant, le Britannique Terry Davis, est travailliste. Le précédent, l’Autrichien Walter Schwimmer, était PPE/DC. Celui d’avant, le Suédois Daniel Tarschys, était libéral. Et avant lui, c’était une socialiste française, Catherine Lalumière.

Il y a pourtant un hic ! Le Conseil de l’Europe est une organisation peu connue, qui souffre de son « anonymat » – et de la concurrence de l’Union européenne, une structure nettement plus forte et plus intégrée. Le Conseil de l’Europe traite cependant de sujets porteurs, tous peu ou prou relatifs au respect des droits de l’homme. S’il n’est pas plus visible, est-ce parce qu’il lui manque un visage ?

Les responsables des Etats membres du Conseil de l’Europe se sont posé la question. En 2005, ils ont demandé à Jean-Claude Juncker de réfléchir globalement à l’avenir de l’institution.

Dans son rapport, le chef du gouvernement luxembourgeois écrit notamment : « Indépendamment de la qualité des personnalités qui ont tour à tour occupé ce poste, je suis fermement convaincu que le Conseil de l’Europe devrait aller dans la direction d’élire son ou sa secrétaire général(e) parmi les personnalités politiques qui, par leur action en faveur de la sécurité démocratique, bénéficient d’un haut degré de reconnaissance et de notoriété parmi leurs pairs et la population du continent. Il devrait envisager de préférence, et à l’instar de l’Union européenne, d’élire une personnalité qui possède une expérience de chef d’Etat ou de gouvernement. »

Le conseil d’ami du Luxembourgeois expérimenté – et rusé – sera-t-il suivi ? Luc Van den Brande n’en a cure : il prétend poliment qu’il correspond en tout cas aux critères, ayant été… ministre-président de l’exécutif flamand, entre 1992 et 1995 !

Face à lui, un seul autre candidat officiel est actuellement sur les rangs : le Norvégien Thorbjorn Jagland. Qui a été Premier ministre de son pays en 1996 – 1997, puis ministre des Affaires étrangères en 2000 – 2001. Il est à présent à Oslo président de la Chambre des députés. Il est toutefois travailliste.

D’autres candidats surgiront-ils avant la date limite du 6 mars ? Ce n’est pas exclu. D’autant que les libéraux pourraient faire valoir que leur tour est arrivé. Il avait été question, un temps, d’une candidature du Suisse Dick Marty, auteur d’un important rapport sur les activités secrètes de la CIA en Europe, mais elle ne semble plus d’actualité.

La procédure prévoit que les candidats sont d’abord « triés » par les gouvernements des 47, qui en soumettent deux ou trois – éventuellement par ordre de préférence – au vote des membres de l’assemblée parlementaire.

« Luc Van den Brande est à la fois très connu et très mal connu à Strasbourg, nous confie une source interne au Conseil de l’Europe. Et il ne s’agirait pas, dans son propre intérêt, que son passé le rattrape… »

Ainsi, son hostilité furieuse à la ratification par la Belgique de la convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales est-elle ignorée. Il s’agit d’un des textes clés produits par l’organisation, qui tend « à promouvoir les conditions propres à permettre aux personnes appartenant à des minorités nationales de conserver et développer leur culture, ainsi que de préserver les éléments essentiels de leur identité que sont leur religion, leur langue, leurs traditions et leur patrimoine culturel. »

Pour Luc Van den Brande, et pour nombre de Flamands, ce texte accorderait trop de droits aux francophones de la périphérie bruxelloise…

Un secrétaire général qui renie la convention sur les minorités ? « Luc Van den Brande a un double visage, déclare André Flahaut. Il faut analyser son discours politique belge, et ne pas se tromper : il a des réflexes d’intérêt flamand d’abord. »

« Oui, Luc Van den Brande a une tache sur son CV, renchérit le libéral francophone Philippe Monfils, qui siège aussi à l’assemblée du Conseil de l’Europe. C’est l’opposant principal à la ratification par la Belgique de la convention sur les minorités. Il a toujours milité contre le respect par la Flandre des droits des minorités. »

« C’est pourquoi nous ne sommes pas partisans de Luc Van den Brande », conclut-il.

A bon entendeur…

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