La guerre des vents

BODEUX,JEAN-LUC

Page 12

Samedi 7 mars 2009

Arlon-Messancy Les éoliennes charment la citoyenneté

Les sociétés Ecopex et Greenelec se prennent le bec pour dresser des éoliennes à Hondelange et Autelbas.

Une bise légère, puis la bourrasque, avant la tornade. Jeudi soir, les éoliennes ont fait du bruit à Sterpenich, lors de la réunion de présentation de l’étude d’incidences portant sur le projet de la société Ecopex, qui veut construire huit éoliennes le long de l’E.411, à Hondelange. Mais ce bruit n’est pas venu d’une opposition entre villageois et promoteurs, mais entre deux promoteurs… Soufflant !

Deux sociétés sont en effet intéressées par la région d’Autelbas-Hondelange. Greenelec, la S.A de l’Attertois Jacques Mambour, qui a construit l’éolienne dite « citoyenne » de Couvin, et Ecopex, société créée par Christophe Surleraux (Florenville). Chacun revendique la primauté du projet. Chacun a pris des contacts avec des agriculteurs pour louer des parcelles. Ecopex parle d’éoliennes classiques, financées en partenariat avec la société hollandaise Eneco, Greenelec veut des éoliennes citoyennes qui rapporteraient aux gens du cru.

Ce jeudi, le bureau CSD présentait son rapport lié à l’étude d’incidences. Pendant ce temps, Jacques Mambour donnait une conférence sur les éoliennes citoyennes à Florenville.

Si la présentation a été des plus sereines et constructives pour la centaine de personnes présentes, qui ont pu poser des questions au promoteur et à CSD, le débat a viré au rouge quand on a abordé le financement et l’aspect citoyen. Christophe Surleraux estime que « Jacques Mambour brasse du vent. Ses estimations de rentabilité sont fausses et ses promesses irréalistes. » Vincent Delire, conseiller communal de Couvin, ajoute du vent à ce moulin et dit être venu parce qu’il s’est senti trompé par l’éolienne de Couvin. « Un retour citoyen et confier le pouvoir de décision aux populations locales, c’est une vue de l’esprit. La commune ne touche pas un euro. A part trois Couvinois qui sont dans la S.A de M. Mambour, qu’il contrôle avec son épouse à 68 %, aucun citoyen n’a participé au financement. Cette éolienne a été construite sans étude d’incidence, c’est une catastrophe paysagère. Enfin, aucun compte n’a été publié, c’est illégal. J’affirme que c’est une escroquerie par rapport à ce qui était promis. »

Jacques Mambour, de retour de Florenville, arrive alors. Veut expliquer son concept citoyen. Mais le débat tourne à la tempête…

Un nouveau projet

Jacques Mambour Greenelec S.A

« A Couvin, il n’y a pas de financement citoyen, c’est vrai, car on a dû avancer vite envers le dossier européen Feder. Nous avons été retenus dans le cadre d’un appel d’offres et avons reçu 300.000 euros. Nous envisageons de créer trois éoliennes en complément. Le principe sera alors de confier le pouvoir de décision aux populations et aux communes qui entrent en partenaires dans la coopérative. De telle sorte que nous puissions ensemble décider à long terme. »

Une attitude lamentable

Christophe Surleraux Ecopex-Florenville

« D’habitude, les promoteurs concurrents ne viennent pas interférer sur des sites déjà occupés par d’autres promoteurs. Car les études coûtent très cher, des dizaines de milliers d’euros. Ici, Greenelec a notamment distribué des pétitions claires disant « Non au projet Ecopex-Eneco », ce qui s’est fait en juin 2008. C’est lamentable et cela a été dénoncé par notre fédération. Ce n’est pas parce qu’on s’annonce projet citoyen qu’on peut faire n’importe quoi. »

Une ouverture à la participation citoyenne

De dix éoliennes initialement prévues par la société Ecopex de part et d’autre de l’E.411, soit 5 du côté d’Arlon, et 5 côté Messancy, on en est revenu à 8 pour des raisons de nuisance sonore auprès des premiers habitants d’Autelbas, soit 3 éoliennes au nord et 5 au sud. Elles permettraient de produire de l’électricité pour environ 8.000 ménages.

Les modèles testés par le bureau d’études CSD n’envisagent pas de dépasser la puissance de 2MW pour cette raison acoustique. CSD envisagerait même de déplacer toutes les éoliennes au sud, pour se distancer d’Autelbas, en limitant à 5 ou 6 mâts, mais de puissance plus forte et un peu plus haut (150m au lieu de 140). « Il n’y a pas de contrainte aérienne de la part de la Défense, mais côté impact paysager, ce serait certain au nord, au départ d’Autelbas, commente J-C. Genis (CSD). Au niveau de la puissance des vents, l’étude montre que c’est correct sans être excellent. »

Pour l’aspect financement (l’investissement est estimé à 26,8 millions d’euros), Ecopex s’adapte aussi à la concurrence et propose une coopérative locale, qui recevrait une rémunération de 10 %, ouvrant également la porte à une participation communale pour le financement du parc. « La participation citoyenne serait limitée à deux millions d’euros. La coopérative, dont l’objectif exclusif serait d’investir dans le parc, serait agréée et gérée en toute transparence non par la société elle-même, mais par la commune ou un autre organe. »

Le projet de parc éolien va désormais poursuivre son périple administratif, avec une demande de permis unique prévue pour juin.

Pas de résultats.