Fritzl-Dutroux : les parallèles de l’horreur
DEFFET,ERIC
Page 16
Lundi 16 mars 2009
Il a tenu sa propre fille emmurée dans une cave sordide, la privant de tout contact avec le monde extérieur, la violant à répétition et réservant aux enfants de l’inceste le même sort funeste qu’à Elizabeth durant 24 ans.
A plus d’un titre, ce dossier est comme le miroir du drame qu’a vécu la Belgique avec l’affaire Dutroux, il y a plus d’une dizaine d’années désormais.
Les faits et leur auteur présumé, tout d’abord. Même mépris pour l’innocence. Même gradation dans l’horreur. Même sentiment d’impunité dans le chef d’un homme qui s’est construit un monde hors la loi. Même refus de reconnaître une responsabilité face aux victimes et à la société. Même recours à des caches lugubres et invisibles pour s’assurer l’impunité.
L’incompréhension du public, ensuite. Fritzl, comme Dutroux si l’on veut bien aller au-delà des nuances du dossier, est passé à travers les mailles du filet policier, judiciaire et social. Si l’Autriche vit cette affaire comme un traumatisme national, c’est d’abord parce qu’elle ne comprend pas comment Josef Fritzl a pu mener son projet criminel sans attirer l’attention de ses proches, de ses voisins. De la société tout entière. Comme Dutroux avec quelques lettres d’une plaque minéralogique, l’Autrichien est tombé sur un détail : la maladie d’une victime.
Les excès de la médiatisation, enfin. Déjà placée sous le feu glaçant des projecteurs avec l’affaire Kampusch, la république alpine est devenue le « pays des oubliettes » pour l’opinion publique internationale.
La Belgique, à la fin du siècle dernier, ne valait guère mieux lorsque le monde découvrit avec horreur le parcours criminel de Dutroux et de ses complices.
Notre pays, qui n’en avait pas fini alors avec le sordide, peut témoigner de la difficulté de se relever d’un tel mauvais coup. Seule certitude : à défaut de faire toute la lumière sur les faits et les responsabilités, un procès reste le passage obligé sur la voie de la « guérison ». Juger sereinement, c’est aussi l’honneur des sociétés démocratiques.
