Fritzl : « J’ai eu une enfance très dure »

AFP

Lundi 16 mars 2009

Le « procès du siècle », comme le qualifie l’Autriche entière, s’est ouvert, au tribunal de Sankt-Pölten près de Vienne. Josef Fritzl a plaidé coupable de viols, de séquestration et d’inceste, mais non coupable de meurtre et d’esclavage. « Ma mère ne voulait pas de moi », a expliqué l’accusé en racontant son enfance.

Le père incestueux autrichien, Josef Fritzl, 73 ans, a refusé de montrer son visage aux caméras de la télévision et aux objectifs des photographes à son entrée lundi matin dans la salle de la Cour d’assises de Sankt-Pölten, près de Vienne, où il est jugé notamment pour meurtre, esclavage, viols, séquestration et inceste.

En détention provisoire dans une cellule du complexe du tribunal de Sankt-Pölten, l’accusé a effectué les quelques dizaines de mètres vers la salle d’audience le visage dissimulé derrière un grand classeur bleu et entouré de six policiers en uniforme.

Pour sa première apparition devant la presse depuis la révélation de ce drame le 26 avril 2008 à Amstetten, Fritzl était vêtu d’une veste gris clair et d’un pantalon gris foncé et de chaussures de sport noires.

Sur la photo diffusée par la police au moment de son arrestation le 27 avril dernier, et qui a fait « la une » des tabloïds du monde entier sous le qualificatif du « monstre d’Amstetten », il affichait un regard bleu acier sous des sourcils proéminents de couleur poivre et sel et une petite moustache drue, des cheveux blancs en bataille.

Lundi matin, il a jeté quelques coups d’œil au travers des œillets du classeur mais est resté muet face aux questions insistantes d’un journaliste de la chaîne de télévision autrichienne ORF, la seule autorisée à filmer l’ouverture du procès. Ainsi, il a ostensiblement refusé de répondre à la question : « Allez-vous plaider coupable » ?

Après que la présidente de la Cour d’assises, Andrea Humer, ait ordonné à l’ORF de cesser de filmer, Josef Fritzl a déposé son classeur et, face à la magistrate, mais tournant le dos à la presse, il a répondu à l’interrogatoire d’identité, d’une voix douce : « Je suis retraité depuis l’âge de 60 ans », « ma retraite est de 1.100 euros par mois », « je possède des biens immobiliers, mais je suis en instance de faillite ».

Il a ensuite plaidé « coupable » des chefs d’accusation de viol, inceste, séquestration et menaces et « non coupable » pour les chefs d’accusation de meurtre, pour lequel il encourt la prison à vie, et esclavage.

L’accusé a ainsi récusé sa responsabilité dans la mort de l’un des sept enfants de l’inceste, un nourrisson décédé faute de soins quelques heures après sa naissance en 1996 dans la cave où Fritzl a détenu pendant 24 ans sa fille et trois des sept enfants de l’inceste. Après son arrestation, le 26 avril 2008, Fritzl avait avoué avoir brûlé le petit corps dans une chaudière de l’immeuble.

Les autres chefs d’accusation sont passibles de peines comprises entre un et quinze ans de prison. Mais le cumul des peines n’est pas prévu par le Code pénal autrichien qui ne retient que la peine la plus lourde.

Dans une déclaration introductive, la présidente de la Cour d’assises, Andrea Humer, a tenu à souligner qu’il s’agissait d’un crime commis par une « seule personne » et non pas « le crime d’une ville ou d’une région ».

L’accusé raconte son enfance

« J’ai eu une enfance très dure », a expliqué l’accusé, devant les trois juges et huit jurés lorsqu’il a été prié de décrire les différentes étapes de sa vie. Il a rappelé qu’il n’avait pas été un enfant désiré : « Ma mère ne voulait pas de moi. Elle avait déjà 42 ans. Elle ne voulait tout simplement pas d’enfant et m’a donc traité en conséquence. J’ai été battu », a-t-il relaté d’une voix calme. Il a ajouté qu’il s’était souvent caché sous la machine à coudre de sa mère ou un tas de bois dans l’appartement familial.

A l’âge de douze ans, il a annoncé à sa mère qu’il ne tolérerait plus d’être ainsi battu et qu’il se défendrait dorénavant. « A partir de là, j’étais un Satan pour elle », a-t-il indiqué en ne se rappelant pas avoir jamais eu « des relations un tant soit peu proches » avec elle. Sa mère a néanmoins vécu jusqu’à sa mort en 1980 dans la même maison que Fritzl. Quant au père, il n’a fait « que des apparitions sporadiques ».

Josef Fritzl a tenté d’expliquer la dureté de sa mère envers lui par sa propre enfance à elle : « Sa vie n’a pas non plus été la plus belle. Elle a grandi dans une ferme et a dû travailler dès l’âge de huit ans », a-t-il noté.

(afp)

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