Fritzl face à face avec sa fille

AFP

Mardi 17 mars 2009

Le père incestueux autrichien Josef Fritzl, jugé devant la Cour d’assises de Sankt-Pölten, près de Vienne, a été confronté mardi au témoignage vidéo de sa fille. Elisabeth a été séquestrée et violée pendant 24 ans dans une cave-cachot.

« Josef Fritzl a déjà tout dit », a affirmé son avocat, Rudolf Mayer, interrogé par l’AFP peu avant l’ouverture de l’audience, laissant entendre que son client s’abstiendrait d’intervenir mardi dans les débats. Il a aussi indiqué que Fritzl n’avait pas arrêté de « stratégie » particulière pour se défendre lors du procès qui se poursuivra à huis clos, procédure habituelle pour assurer la protection des victimes.

Comme la veille, Fritzl a maintenu son visage caché par un grand classeur bleu devant les caméras de la chaîne de télévision publique autrichienne ORF, la seule autorisée à filmer l’entrée de la salle 119 de la Cour.

Les onze heures d’enregistrement de la déposition d’Elisabeth, victime d’un « martyre inimaginable » selon la formule employée la veille par la Procureure Christiane Burkheiser, constituent le principal témoignage des victimes mis à la disposition des jurés.

Au sein de la famille Fritzl, seul l’un des frères d’Elisabeth, Harald, a accepté de livrer lui aussi un témoignage filmé, plus bref, d’une durée d’environ une heure, selon le porte-parole du Tribunal Franz Cutka.

Tous les autres membres de la famille, y compris l’épouse de l’accusé, et les six enfants de l’inceste, ont refusé de témoigner, comme le code pénal autrichien les y autorise.

Le témoignage d’Elisabeth, qui y répond aux questions de la Procureure et de l’avocat de Fritzl, sera visionné par petits bouts.

Lundi, Josef Fritzl avait plaidé coupable d’inceste, de viols, séquestration et menaces, mais avait récusé les chefs d’accusation de meurtre et esclavage. Il nie en effet toute responsabilité dans la mort en 1996, dans la cave-cachot de la demeure familiale à Amstetten, à 130 km à l’ouest de Vienne, deux jours après sa naissance, d’un nourrisson auquel il aurait, selon sa fille, refusé des soins extérieurs. L’accusation de meurtre est passible de la prison à vie.

Il a également rejeté l’accusation d’esclavage, passible de 10 à 20 ans de détention et jugée pour la première fois en Autriche.

Seule la peine la plus lourde s’appliquera à Josef Fritzl.

Outre le témoignage d’Elisabeth, la Cour pourrait entendre un premier exposé d’experts, celui de la psychiatre Adelheid Kastner.

Elle avait dans son rapport, dont des extraits ont filtré dans la presse, conclu à la responsabilité pénale de l’accusé tout en soulignant qu’il souffrait de troubles graves de la personnalité.

Ses conclusions pourraient jouer un rôle clé dans le verdict final, prévu a priori pour le vendredi 20 mars, voire la veille, si les débats se terminent plus rapidement que prévu.

D’autres expertises concernent la mort du nourrisson et le dispositif de verrouillage électronique des portes de la cave-cachot installé par Fritzl, ingénieur de formation et bricoleur passionné.

Il avait lui-même aménagé ce réduit de 40 m2, incluant deux petites chambres, une cuisine avec salle de douche mais sans la moindre fenêtre et donc dépourvu de ventilation. Il y régnait en permanence, selon la Procureure, une « atmosphère morbide et une odeur de moisi ».

La presse autrichienne s’est surtout intéressée à la personnalité de Josef Fritzl mardi au lendemain de l’ouverture du procès. Le quotidien populaire Kronen Zeitung a titré « Lâche jusqu’au tout dernier moment », allusion au fait qu’il ait caché son visage derrière un classeur, et Heute a illustré cette photo d’un « Maintenant, il a des remords, 25 ans après, il est trop tard ».

(afp)

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