Un témoin de la Shoah contesté par un professeur bruxellois

GUTIERREZ,RICARDO

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Mardi 17 mars 2009

Henri Kichka n’en est toujours pas revenu. Depuis 25 ans, ce rescapé des camps témoigne de son expérience, notamment dans les écoles. Vendredi, il se trouvait à l’athénée de Bruxelles 2, à Laeken. Il a été confronté aux propos négationnistes tenus par un professeur de religion islamique. « Pour la première fois, quelqu’un m’a dit que mon récit était “largement exagéré” », témoigne le vieil homme, qui a été réconforté par des élèves.

La délégation syndicale a vu les images de l’incident. Elle en confirme la gravité. « L’affaire ne restera pas sans suites », assure la direction.

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Négationnisme à l’Athénée Bruxelles 2

Société Une enquête administrative est ouverte

Un professeur de religion islamique conteste le témoignage d’un rescapé des camps. Polémique.

Cela ne m’est jamais arrivé, en 25 ans ! » Henri Kichka témoigne inlassablement de son expérience concentrationnaire. Un message transmis à des milliers d’élèves.

Vendredi, à l’Athénée « Bruxelles 2 », à Laeken, le porte-drapeau de l’Union des déportés juifs de Belgique, 83 ans, a été confronté aux propos négationnistes d’un professeur de religion islamique. Une enquête administrative est ouverte.

Ce n’est pas la première fois que Bruxelles 2 l’invite. Cette fois, l’école a même décidé de filmer le récit. « Les témoins directs disparaissent ; nous voulons garder des traces », commente la direction de l’athénée.

Henri raconte. La déportation de sa sœur Bertha, 15 ans, éliminée à Auschwitz-Birkenau. La rafle, à Bruxelles, qui emporte le reste de la famille, la nuit du 3 au 4 septembre 1942. Le travail forcé, dans son uniforme rayé bleu et blanc. La faim. L’humiliation. Le dernier souffle de son père, à Buchenwald. Sa libération, grâce aux kapos communistes qui le soustraient aux derniers élans exterminateurs nazis. Il a bientôt 18 ans, le crâne rasé et pèse 39 kilos quand les Américains délivrent le camp, le 11 avril 1945.

Près de 150 élèves de secondaire suivent son récit, vendredi. L’un d’eux interpelle son professeur de religion islamique, qui fait mine de relativiser le témoignage. Un autre enseignant, choqué, met le sceptique au défi de déclarer publiquement sa défiance… L’incrédule s’exécute. Il prend la parole, aux côtés d’Henri Kichka. Chahut. Confusion. « J’ai entendu citer le nom de Garaudy, se souvient le rescapé. Puis Gaza, mais qu’ai-je donc à voir avec Gaza ?… Je suis resté silencieux. Le calme est revenu, des élèves sont venus me réconforter. Certains pleuraient dans mes bras. Pour la première fois de ma vie, quelqu’un m’a dit que mon récit était “largement exagéré”. »

Ce lundi après-midi, les délégués syndicaux de l’établissement ont visionné les cassettes : « Nous avons retranscrit les propos tenus. A nos yeux – mais ce n’est pas à nous d’en juger –, l’auteur fait siennes les thèses négationnistes de Roger Garaudy, qu’il cite, et qui a été condamné pour ces propos, en 1998… Nous devons encore confronter l’enseignant en cause à ses propres déclarations. »

« L’affaire ne restera pas sans suites », assure la direction… « La communauté éducative réagit vivement et veillera à porter l’affaire jusqu’où il faudra », commente un prof.

Même discours à la vice-présidence de l’Exécutif des musulmans de Belgique, qui désigne les professeurs de religion islamique : « Le négationnisme est un délit. Nos enseignants doivent s’inscrire dans le respect de la Constitution et des lois. Sans quoi, des sanctions tomberont. »

Michel Mahmourian, du Comité des Arméniens de Belgique, reste sceptique : « Une enquête administrative… C’est déjà la réponse que le ministre de l’Enseignement, Christian Dupont, nous a donnée, fin février, alors que nous avions dénoncé, en septembre 2008, le négationnisme d’un professeur de religion islamique, l’actuel président de l’Exécutif musulman. Il avait contesté le génocide arménien, à l’école primaire de Thulin, où se tenait une animation autour du Journal d’Anne Franck. Les faits n’avaient même pas été dénoncés par le chef d’établissement, pourtant témoin de l’incident. »

Fin 2007, la Communauté française a adressé aux inspecteurs de religion islamique une lettre pour attirer leur attention sur l’évocation du génocide des Arméniens… Et mardi dernier, le Parlement de la Communauté française votait le décret relatif à la transmission de la mémoire des crimes de génocide (sans trois députés FN, abstentionnistes). Henri Kichka, lui, ne souhaite pas que son contradicteur soit révoqué : « Je suis prêt à la rencontrer ; je veux comprendre pourquoi il m’a dit ça. » Pour le reste, « je viens d’être arrière-grand-père, pour la cinquième fois… C’est ma revanche sur les nazis ».

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