Mobilisation générale pour les sans-papiers
VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE
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Mardi 17 mars 2009
Ce n’est pas tout. Les recteurs des universités et les directions des hautes écoles intensifient aussi leur combat. Mercredi, dans tout le pays, des manifestations sont prévues. Avant des négociations. Ses ministres (Turtelboom et Arena) ne pouvant s’entendre, Herman Van Rompuy devrait s’y présenter avec de nouvelles propositions.
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et notre commentaire
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Un an d’espoirs trahis
Sans-papiers Mobilisation générale autour d’une circulaire toujours absente
Les sans-papiers, d’abord, qui sont passés par des phases successives d’espoir et de déceptions. Les associations qui les soutiennent, les universités et l’ULB en particulier qui depuis des mois accueille des centaines d’entre eux sur leur campus, dans l’indifférence générale. Et les avocats.
Les « étrangéristes », comme on dit, dans leur jargon, pour désigner ceux qui sont spécialisés dans le droit des étrangers, sont devenus incapables de défendre efficacement les sans-papiers, faute de pouvoir définir la moindre stratégie juridique. Plusieurs d’entre eux avaient conseillé leurs clients en fonction de la future circulaire présentée comme imminente. A tort. C’est pour cette raison que les ordres des avocats (flamand, francophone, germanophone), représentant les avocats de tout le pays se mobilisent. Ils ont décidé d’intervenir à l’audience de ce mercredi, au cours de laquelle treize sans-papiers ont cité en justice l’Etat belge. « Le gouvernement a trahi l’espoir légitime des sans-papiers, explique Michel Kaiser, avocat de l’Ordre des barreaux francophone et germanophone (OBFG). Cet espoir s’exprime dans le texte même de l’accord, écrit au futur simple. Il s’agit d’un réel engagement, un contrat de législature, renouvelé encore récemment par le Premier ministre Herman Van Rompuy. L’action introduite est une action en responsabilité civile ». Les avocats demandent la réparation du dommage moral et matériel subi par les sans-papiers mais attendent aussi du tribunal qu’il prononce une injonction à l’Etat belge d’adopter la
circulaire de régularisation.
Ils sont soutenus par les deux ordres des barreaux du pays. Une démarche inédite (c’est la première depuis la scission de l’Ordre) motivée par la conviction que l’inertie du gouvernement en matière de régularisation porte directement atteinte aux justiciables les plus fragilisés, aux conditions de travail des avocats étrangéristes et à la qualité de l’aide juridique, trois domaines qui relèvent de la mission des ordres.
« Nous nous étions organisés en juillet 2008 pour tenir des permanences dans les palais de justice, convaincus que la circulaire allait sortir, se souvient Pascal Chevalier, administrateur de l’OBFG. Dès la constitution du gouvernement, en avril 2008, nous avons pris contact avec Madame Turtelboom à propos de cette circulaire. Les avocats demandent depuis des années des critères clairs en matière de régularisation. On est vraiment dans une situation de non-droit. »
La citation à comparaître pour ce mercredi 18 mars a bien sûr son pesant de valeur symbolique.
Elle s’inscrit dans un cadre plus large d’actions, prévues tout au long de cette semaine.
Après le soutien des syndicats, des communautés philosophiques, des universités, les sans-papiers ont maintenant celui de l’ensemble des avocats du pays.
Mardi : les unifs se mobilisent
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Mercredi : les citoyens manifestent
Samedi : les négos reprennent
LE SIGNAL DE LA SOCIÉTÉ CIVILE… FLAMANDE
Commentaire
Selon Herman Van Rompuy, c’est l’un des dossiers les plus difficiles du gouvernement. La crise ? Fortis ? La réforme de l’Etat ? Non, un accord sur la circulaire « régularisation ». On croit rêver. Voilà un dossier ficelé dans un accord gouvernemental, écrit à l’indicatif sur une page entière. Et qui reste lettre morte depuis un an. Il ne sert à rien d’ergoter sur ce qui sépare le PS, le CDH et le VLD dans le décodage de cet accord. Ce qu’on retient de cette année de paralysie, c’est la confirmation d’un blocage bien plus ancien, bien plus fondamental, sur la vision qu’on a de l’immigration dans les partis flamands et francophones du pays. Ces différences d’approche sont à ce point profondes qu’elles posent parfois la question de la possibilité de définir encore une politique au niveau fédéral.
Faut-il pour autant y voir la confirmation d’un Nord « intolérant », gangrené par l’extrême droite face à un Sud plus « ouvert » ? Ce serait trop simpliste. Les universités, les associations, les avocats flamands donnent actuellement un signal important. En participant, avec les francophones, à la dénonciation de la situation intolérable faite aux sans-papiers, ils démentent la lecture communautaire que fait le VLD quand il évoque dans la presse les « francophones laxistes » qui veulent une régularisation massive. Ils montrent surtout une société civile bien moins indifférente à la question des étrangers qu’on ne le pense.
Ce qui choque les étudiants, les avocats, les médecins au chevet des grévistes de la faim, c’est le cynisme d’une classe politique qui ne tient pas ses promesses, qui laisse des milliers de personnes dans l’incertitude et le désespoir, et qui en fait un enjeu électoral. Ce qui les choque, c’est cette impression (cette certitude ?) d’une absence totale de gestion d’un problème social important. Les sans-papiers sont là. Ils resteront là.
La majorité a promis, il y a un an, de régler le problème. On attend du Premier ministre qu’il siffle la fin de la récré. Qu’il prenne ses responsabilités d’arbitre de l’équipe gouvernementale. Même si c’est aussi « difficile » et sensible qu’une réforme de l’Etat.
