A Slavno, l’année des promesses
STIERS,DIDIER
Page 33
Mercredi 18 mars 2009
Cinéma Sur les écrans, « Snow » évoque les conséquences de la guerre en Bosnie
Grand Prix de la Semaine de la Critique
au dernier festival de Cannes, le premier film d’Aida Begic parle de reconstructions.
ENTRETIEN
Née à Sarajevo, la jeune réalisatrice allait encore au théâtre et au cinéma au plus fort de la guerre. L’art lui a permis de survivre. Il lui donne désormais l’occasion de parler au monde à partir de l’exemple bosniaque. Sans faire de politique, souligne Aida Begic.
« Snow » est réalisé par une femme, raconte une histoire de femmes isolées dans le village de Slavno.
Mon intention n’était pas de tourner un film « de femmes ». Je ne crois d’ailleurs pas à cette catégorisation au cinéma. Seule mon approche du sujet est éventuellement féminine. Quant à l’histoire, si elle parle de femmes, c’est parce que les hommes de ce village musulman ont été tués. Si cela avait été l’inverse, mon film aurait parlé d’hommes.
Ces femmes qui reconstruisent les maisons représentent un espoir ? Le futur ?
D’une certaine manière. Mais le film évoque les deux principes, le masculin et le féminin. L’un d’eux est marqué par l’absence, ce qui crée un manque important pour l’autre, et il faut vivre malgré tout. Les femmes du village essaient aussi d’inventer, d’imaginer. De la sorte, l’endroit prend également des allures extraordinaires, parce que parfois, les absents sont plus présents que ceux qui ont survécu. J’ai beaucoup réfléchi à cette dualité en préparant le film. C’est intéressant à développer, pour parler de la vie ou de ce qui est arrivé en Bosnie.
D’où vous est venue l’idée des « cartons » rythmant le récit ?
Ce cycle des jours et de la semaine qui s’écoule a évidemment une valeur symbolique. D’une part, c’est venu de l’histoire elle-même, qui se déroule sur une semaine. D’autre part, c’est valable pour n’importe quelle vie : les jours s’écoulent, nous planifions des choses… Ne dit-on pas aussi que le monde a été créé en une semaine, dans la Bible par exemple ? Finalement, se tenir à un repère temporel aide surtout à suivre le récit.
Quelle signification a ce prix ?
J’avais déjà été à Cannes avec mon court-métrage, Première expérience de mort, sélectionné par la Cinéfondation. En 2005, j’ai présenté le scénario de Snow à l’Atelier du festival. Et voilà que le film terminé est sélectionné pour la Semaine de la Critique. Ça m’a valu beaucoup d’interviews et de contacts. Mais ce qui m’a surtout plu, c’est que là, on retrouve l’esprit, l’essence du cinéma, avec des gens qui ne discutent que de ça.
Vous savez ce que le jury a aimé ?
Pas vraiment… Tout ce que je sais, c’est que le prix est donné par les critiques, les journalistes, et que ce sont des gens qu’on ne peut ni manipuler ni influencer.
De quoi sera-t-il question dans votre prochain film ?
Il est encore trop tôt pour en parler. Il faut surtout que je retrouve du temps pour me concentrer dessus. Mais tout en préparant Snow, j’ai aussi commencé à travailler sur un documentaire qui brossera le portrait de trois femmes en Bosnie. L’un est déjà prêt : il est consacré à une femme bloquée avec ses enfants dans une sorte de camp de réfugiés.
De nombreux reportages n’ont-ils pas déjà été consacrés à ce sujet ?
Effectivement, mais j’ai essayé de trouver une approche différente en travaillant sans dialogues. Je veux voir jusqu’où je peux aller en ne disant les choses qu’en images, en n’utilisant qu’une sorte de langage animé.