Cameroun : la polémique se poursuit dans le sillage du pape
AFP
Mercredi 18 mars 2009
L’entourage du pape Benoît XVI, en visite à Yaoundé, tente de calmer la polémique déclenchée par les déclarations du souverain pontife sur le préservatif, qui éclipsent la portée de son premier voyage sur le continent noir.
En estimant que l’usage du préservatif « (aggravait) le problème » du sida, le pape n’a fait que réaffirmer la position officielle de l’Eglise catholique qui met l’accent « sur l’éducation à la responsabilité », a déclaré le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi. » Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l’Eglise catholique envers le problème du sida », a-t-il souligné. L’Eglise estime que « développer une idéologie de confiance dans le préservatif n’est pas une position correcte ». Le père Lombardi a préféré évoquer « l’éducation à la responsabilité de la sexualité et l’affirmation des valeurs du mariage et de la famille, l’engagement pour des soins efficaces, et l’attention portée aux malades ».
De nombreuses personnalités du monde médical, des associations mais aussi plusieurs gouvernements ont dénoncé comme contre-productive voire irresponsable la critique par le pape des campagnes pour l’usage du préservatif, alors que l’Afrique est le continent le plus touché dans le monde par la pandémie du sida. Le pape souhaitait séduire le continent noir et avait indiqué dimanche vouloir « prendre dans ses bras » toute l’Afrique, avec ses « blessures douloureuses » et ses « énormes espoirs ». Ses propos ont soulevé une « très vive inquiétude » à Paris, la « consternation » à Bruxelles, l’ » indignation » du Fonds mondial sur le sida.
Mercredi, son agenda ne comportait en principe qu’une visite au président Paul Biya, une rencontre avec les évêques et la célébration des vêpres avec le clergé local. Mais pour désamorcer la polémique et manifester la « sollicitude » de l’Eglise catholique envers les personnes touchées par le virus, Benoît XVI a ajouté à son programme une brève rencontre en début de matinée avec des jeunes d’une association d’aide aux malades du sida, animée par la communauté catholique Sant’Egidio.
Le souverain pontife a par ailleurs appelé les évêques à « défendre vigoureusement les valeurs essentielles de la famille africaine » aux prises avec les conséquences de « la modernité et de la sécularisation sur la société traditionnelle ». Il les a aussi incités à se faire « les défenseurs des droits des plus pauvres » et à travailler « à la collaboration entre les ethnies pour le bien de tous ».
Des injonctions qui semblaient reprendre en termes mesurés les critiques entendues au Cameroun sur le train de vie de certains évêques, dont le quotidien privé Le Messager s’est fait l’écho mercredi.
Le journal a publié un classement des 30 évêques camerounais prenant en compte notamment leurs « capacités en gestion » et leur « train de vie ». Si une douzaine de prélats obtiennent un satisfecit, huit d’entre eux sont très mal notés. » Cupide et retors », « aime les belles voitures », « aime le luxe et l’argent », « corrompu », « a une femme et trois enfants à nourrir », pouvait-on notamment lire dans le journal à propos de certains évêques.
La première véritable rencontre du pape avec la foule n’aura lieu que jeudi avec une messe dans un stade de Yaoundé pour le lancement de la préparation d’un synode spécial des évêques sur l’Afrique, prévu en octobre au Vatican. En attendant, les Camerounais exprimaient leur frustration. Venus nombreux pour saluer le pape, ils ont surtout vu un cortège de voitures sombres encadré par la police.
(afp)
