Animal instinct
BROQUET,JULIEN
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Vendredi 20 mars 2009
Musique Animal Collective défend « Merriweather Post Pavilion »
Si on a pu imaginer par le passé que Panda Bear et ses petits copains concevaient la musique de demain, celle du futur, on se dit aujourd’hui qu’Animal Collective n’a jamais été aussi en phase avec son époque. Sur Youtube, on peut même trouver une chorale de Portland, dans l’Oregon, Momo and the Coop, qui reprend « Leaf House », des New-Yorkais a capella.
« Ça m’étonne que des gens achètent notre album en même temps que le nouveau U2. Je ne vois pas la connexion et je ne suis pas fan des Irlandais, commente David Portner, alias Avey Tare. L’attention qu’on nous porte n’en est pas moins réconfortante. Nos parents désormais voient qu’on parle de nous dans les médias généralistes, les magazines féminins… En attendant, nous n’avons rien fait pour devenir mainstream. Et nous ne ferons rien pour le rester. »
De fait, en neuf albums et environ dix ans d’existence, Animal Collective n’a cessé de surprendre, de dérouter. Ces dernières années, alors que Deakin, alias Josh Dibb, l’un de ses quatre membres, prenait momentanément ses distances, le Collectif animalier se rapprochait de l’électronique.
« Nous avons toujours été influencés par l’électro d’une manière ou d’une autre. Notamment dans notre manière d’utiliser des instruments traditionnels. De donner certains rythmes à une guitare par exemple. Mais aussi de fusionner les chansons sur scène comme des DJ. »
« Merriweather Post Pavilion » a par ailleurs été fortement marqué par le dub-step, la musique classique et la carrière solo de Noah « Panda Bear » Lennox, unanimement salué pour son album « Person Pitch ».
« Noah nous a surtout inspirés à travers l’utilisation de samplers. Mais nous avons essentiellement préféré nous sampler nous-mêmes. » Et sampler de vrais instruments. Même si certains sont bizarres. A commencer par une flûte pour charmer les crocodiles.
Mercredi, c’est tout une AB qui s’est laissée hypnotiser par ces trois fous planants et leurs drôles de machines. Faisant vibrer sol et corps à coups d’infrabasses.
Le Merriweather Post Pavilion qui a donné son titre au dernier album d’AC, l’un des disques de l’année, n’est autre qu’une salle de concert pas vraiment underground. Dave y a vu Bob Weir du Grateful Dead, les Violent Femmes et Elton John. « En famille », s’empresse-t-il de préciser. De son propre avis, dans son « Merriweather Post Pavilion » à lui, on peut entendre King Tubby, Lee Perry, Keith Hudson, Madlib, Burial, Black Dice…
« Nous essayons d’imbriquer les sons pour les rendre en quelque sorte magiques. Il faut sans doute s’immerger dans notre musique pour en prendre conscience. Mais nous espérons qu’un truc presque subliminal se produise. »
Les membres d’Animal Collective sont un peu les nouveaux surréalistes. Les surréalistes du disque. « J’ai toujours aimé l’idée d’appartenir à un petit groupe d’artistes qui possède une vision commune de la musique », ponctue Portner.
Des artistes qui préfèrent regarder devant eux que derrière. Ainsi, les membres d’Animal Collective ont toujours pris un malin plaisir à meubler leurs concerts de nombreux nouveaux morceaux. Moins cette fois. « Nous travaillons toujours sur notre film visuel qu’on espère sortir en DVD pour l’automne. Danny Perez, qui bosse avec Black Dice, nous crée un univers ambiant, avec des textures, des personnages. Mais très sombre. Musicalement, il s’agit surtout de sons, d’environnement, d’humeurs. Que du neuf. Mais rien de très poppy… » Pour ça, on vous recommandera Dent May et son magnifique ukulélé, signé sur Paw Tracks le label des lascars. Entre Jonathan Richman et Morrissey.
