Le bibliothécaire qui cherchait ses réponses dans les livres

CAUWE,LUCIE

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Vendredi 20 mars 2009

A Icamole, un village du nord du Mexique, il n’a plus plu depuis un an. C’est dire si du monde se presse à la chapelle Saint-Gabriel-Archange et y implore le ciel. Remigio, lui, dispose encore par miracle d’un fond d’eau dans son puits. Sauf que ce matin-là, le seau qu’il y lance émet un drôle de bruit. Et pour cause ! A huit mètres de profondeur, une fillette gît, morte. Elle n’est pas tombée par accident. Il ne l’a pas tuée. Qui alors ? Et que faire de cette enfant trop bien habillée pour être du coin ?

Ce début saisissant de El último lector, excellent premier livre traduit en français du Mexicain David Toscana, se poursuit par la présentation du personnage principal, Lucio, le père de Remigio. On le découvre dans son officine de bibliothécaire. Il lit, c’est sa mission, et pour ne pas sentir la faim et la soif. Et censure sans pitié les romans – tous les titres sont inventés – qui ne lui conviennent pas pour des raisons qu’il explique en expert de la littérature. Aux livres qu’il tamponne à grands coups de « CENSURÉ », il réserve un sort définitif, un « enfer » pour de vrai.

C’est à ce moment que l’homme qui ramène de l’eau du village voisin annonce qu’une petite fille s’est perdue, la fille d’une veuve de Monterey. « Les autorités nous demandent d’être attentifs à tout ce qui pourrait paraître étrange, surtout si nous voyons un étranger. Dans ce cas-là, on nous demande de l’arrêter et de les avertir. » Quelques mots et l’auteur glisse sa défiance vis-à-vis du pouvoir. Comme il utilisera tout du long les mots pour mesurer leur pouvoir.

Quand Lucio apprend la découverte de son fils, il est pris au dépourvu. Les réponses à ses questions ne sont-elles pas dans les livres ? Il en sélectionne plusieurs, comparant ainsi La mort de Babette au sort de la jeune étrangère. Lors de ses conversations avec son fils ou avec les gendarmes, fiction et réalité se superposent, piégeant habilement le lecteur. Intéressant la mère de la morte qui rend visite à Licio, veuf désemparé, et lui avoue que son livre de chevet est celui où il cherche ses réponses. « Un roman qui porte sa fin dans son titre », note Toscana à son propos, laissant chacun libre d’appliquer également la formule à son travail.

Ce formidable roman, à tous points de vue, se partage entre l’enquête policière, avec la désignation par les gendarmes d’un coupable volontaire, la contre-enquête de Remigio qui met en lumière le mode de vie rural, et les implications sur une existence que peut avoir la littérature, personnifiée par les livres cités et devenant autant de personnages du roman.

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