Ghôô T’lib, fichtre bigre !
DELFOSSE,LUC; COUVREUR,DANIEL
Page 30
Samedi 28 mars 2009
Le diantre fondateur de Fluide Glacial nous met l’humour à la bouche avant le « Soir » du 1er avril.
entretien
Rhââ lovely ! Mardi, la rédaction de Fluide Glacial prend le TGV de la rue Royale pour dessiner l’actualité dans Le Soir et le Mad du mercredi 1er avril. Le même jour, le plus célèbre magazine français « d’umour et bandessinées » publie un numéro « Spécial Belgique » avec le premier poster de la famille royale belge nue, sous une couverture fritée de Marcel Gotlib. Gotlib ? Bon sang mais c’est bien sûr : le fondateur de l’humour libre avec Nanar et Jujube, Gai-Luron, Hamster Jovial, Pervers Pépère, Superdupont les Dingodossiers, la Rubrique-à-Brac ; le pilier de Pilote, de L’Echo des Savanes… et de Fluide Glacial. « Enfair et dannation », une vraie perversion cet homme-là ! D’ailleurs, on ne devrait même pas l’interviewer dans ce beau journal.
Cette couverture du « Fluide Glacial Spécial Belgique » à la géographie pleine de frites, c’est du 5e degré ?
Ecoutez non, c’est du 1er degré. C’est l’image de tous les clichés qu’on utilise quand on veut parler des Belges. Ce sont les frites des Snuls. Il n’y a pas d’arrière-plan. C’est vraiment pour mettre des tas de conneries ! J’ai mis des noms rigolos sur la carte comme Shmok-le-Zoute. Vous connaissez sans doute… Shmok ça veut dire queue. Un type de queue dont je ne parlerai pas ici et que l’on ne voit pas du tout dans le dessin…
Et l’aileron de requin dans la mer du Nord…
C’est typique chez moi. J’en mets partout. Dès qu’il y a une surface plane, je mets un requin. Le requin, je ne sais pas qui c’est. Celui des Dents de la mer.
C’est qui derrière le requin ?
Sarko. Non, faut pas se moquer de lui. Il est d’origine hongroise et moi aussi…
Votre vision de la Belgique, c’est celle de « papa » ?
Ce que je connais de la Belgique, c’est mes copains qui y habitent ! Si on me mettait au volant d’une voiture, je ne retrouverais pas Bruxelles. Mais c’est une ville que j’aime bien. Quand moi je viens, c’est toujours calme. On ne manifeste pas quand je suis là.
Vous trônez au milieu de cette couverture. Par un effet de narcissisme ?
Je m’aime bien. Mais là, il y a un petit trait dans les cheveux que j’avais demandé de retirer.
Vous n’êtes pas belge. Pourquoi pas le roi Albert ?
Je me suis arrêté à Baudouin. Je ne vois même pas la tête qu’il a Albert. Je suis désolé. Mais vous, vous voyez la tête de Sarkozy ? Est-ce qu’ils ont des choses en commun ?
Non.
Tant mieux pour vous ! Albert n’est pas un Roi tout-puissant comme Louis XIV en France, alors. C’est juste une sorte de Reine d’Angleterre ?
Il règne mais ne gouverne pas. Il a juste un rôle important dans les crises. Et là, ça dure depuis trois ans.
Mais bon, vous avez quand même des artistes à côté du Roi, les Snuls, la grosse moitié de Raymond Devos, Axelle Red, Cécile de France, mignonne, adorable comme tout, et un écrivain, François Weyergans, qui vient d’entrer à l’Académie française. Je n’ai jamais rien lu de lui. Faut pas lui dire, hein !
Le poster de la famille royale nue dessiné par le Belge Dubus, vous en pensez quoi ?
Ils n’ont rien dit au Palais ?
Pas encore…
Rigolo ou pas, je trouve ça gonflé quand même. Imaginez que l’on fasse la même chose avec Sarkozy et tout le gouvernement français. En même temps, c’est pas assez. C’est évident qu’il y a des endroits stratégiques habilement dissimulés par des serviettes, une tête de chien… On n’a pas été au bout de ses désirs. Fallait pas mettre de caches ! De toute façon, c’est plus moi qui irai en taule !
Donc quoi ? C’est de la fausse audace finalement ?
Moi, il y a trente ans, je faisais des trucs pires que ça ! On n’essayait pas de s’autocensurer. Maintenant, on est obligé.
Comme disait Cavanna, le fondateur du magazine « Hara-Kiri », on est revenu de l’humour « bites » ?
Effectivement, dans les années 1970, tout le monde hurlait « enfin de l’humour adulte » dès qu’on voyait une quéquette. Une goutte de caca-pipi et ça devenait de l’humour adulte ! Autrement dit, les enfants de trois ans qui adorent tout ça, ce sont des adultes. C’est un mauvais mot adulte pour une BD un peu plus osée. Je préfère les mots « humour libre ».
Les auteurs belges seraient plus politiquement corrects que les auteurs français aujourd’hui ?
C’est une impression que j’ai. Je me trompe peut-être. Mais en tout cas, à l’époque de la création de L’Echo des savanes, je me souviens qu’en Belgique, Jijé (fondateur de l’Ecole belge de BD et pilier du journal Spirou) et toute cette bande-là étaient farouchement contre ce genre d’humour. Il n’y a qu’un seul gars qui nous a soutenus, c’était Franquin. Les jeunes qui rentrent dans la profession maintenant sont peut-être différents.
Dans votre travail personnel vous avez été parfois très loin en abordant des sujets plus tabous que jamais. Derrière certains gags de « Rhââ Lovely », pointait la question de la pédophilie…
On appelait ça des satyres quand j’avais dix ans. Je l’ai raconté dans un livre personnel, intime : J’existe, je me suis rencontré. Mais là, c’était de la littérature, pas de la bande dessinée. Quand au gag avec Jean Valjean et Cosette, ce n’était pas de la pédophilie puisqu’elle était d’accord ! Mais le plus grave procès qu’on ait eu à Fluide Glacial, c’était pour une couverture de Maëster sur Marie-Thérèse des Batignolles qui soufflait dans une poupée gonflable de Jésus-Christ. Un parti politique qui commence par F et finit par N était à l’origine de la plainte. Il a été débouté à coups de pied dans le cul. Le juge était très jeune, il feuilletait le numéro de Fluide en se marrant. Le public pouffait à la Philippe Bouvard. Le juge a lu à haute voix les bulles des huit pages de Maëster : toute la salle a éclaté de rire.
Où est la limite dans l’humour ? En France, on vient de vivre les affaires Siné et Dieudonné. Vous étiez à « Pilote » au moment du numéro « Spécial Hitler » ?
Etrangement, c’était une idée à Goscinny. Il était parti du principe que Hitler, ça fait vendre. Je ne trouvais pas que c’était une bonne idée. On ne peut pas faire de l’humour avec Hitler. Ou alors à la Vuillemin avec son Hitler = SS. Rien que le titre déjà m’avait fait marrer. Ça rappelait « CRS = SS ». Hitler = SS, c’est un jeu de mot au 50e degré. La limite est personnelle. Au cas par cas.
France ou Belgique ? Moi je suis pour le rattachement des mecs bien avec d’autres mecs bien. Les autres
France ou Belgique ? Moi je suis pour le rattachement des mecs bien avec d’autres mecs bien. Les autres n’ont qu’à rester où ils sont. C’est dommage la bagarre entre Flamands et Wallons.
Brassens ou Brel ? Brassens quand même. Brel sur scène me gênait. Il transpirait de partout. Je l’ai vu créer « Amsterdam », à Bobino.
Uderzo ou Franquin ? Franquin. Uderzo est de la même école. Je crois qu’il ne m’en voudra pas. Franquin, je le voulais dans « Fluide Glacial ». Pendant deux ans et demi, il nous a envoyé ses fabuleux dessins des « Idées noires ».
Goscinny ou Delporte ? Goscinny. Nos rapports ont toujours été excellents. Sauf quand j’ai fait « L’Echo des savanes ». J’ai travaillé pendant deux ans et demi sur les scénarios de Goscinny pour les « Dingodossiers ». Et la plus belle période professionnelle pour moi, c’est celle vécue avec lui chez « Pilote ».
Pilote ou Spirou ? Aaah ! Autant l’un que l’autre. « Pilote », j’y ai travaillé. Mais quand j’étais jeune, je lisais « Spirou ». Je ne connais pas Tintin. C’est une honte. Goscinny lui-même m’a dit : « Comment ça ! Vous ne connaissez pas Hergé ! Vous n’avez pas lu ses albums ! » Quand il m’a dit ça, j’ai pris en route. Mais c’était les deux derniers : « Vol 714 » et les « Picaros ». Aux dires des connaisseurs, les moins caractéristiques du « grand Hergé ». Je connais les autres par ouï-dire. Je ne les ai jamais lus intégralement.
Perec ou Simenon ? Perec. Je l’ai rencontré. Je l’ai connu. Il m’a énormément touché pour des raisons qui vont au-delà de l’auteur de romans.
Fabiola ou Bernadette Chirac ? Je ne connais pas Fabiola. Et madame Chirac non plus. Mais je sais qu’elle fait des pièces jaunes.