Les armes nucléaires de Kleine Brogel à l’agenda de l’Otan ?

n.c.

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Jeudi 2 avril 2009

Carte blanche

Abolition 2000 Belgique Réseau mondial pour l’abolition des armes nucléaires, qui regroupe une cinquantaine d’associations en Belgique

Ces 3 et 4 avril, les chefs d’Etats et de gouvernements se retrouvent pour un important sommet de l’Otan à Strasbourg pour le 60e anniversaire de l’alliance militaire. Parallèlement, ce sera également le signal de départ des discussions sur un nouveau « concept stratégique ». Les ministres belges mettront-ils enfin les armes nucléaires de l’Otan sur la table ?

L’Otan entrepose encore en Europe 150 à 240 bombes nucléaires américaines B61 sur des bases militaires en Europe. La présence d’une vingtaine de bombes tactiques sur la base aérienne de Kleine Brogel dans le Limbourg n’est depuis longtemps plus un secret. Et ce sont des pilotes belges qui s’entraînent avec leurs F16 au largage de ces bombes.

Le retrait des armes nucléaires stationnées en Europe donnerait une nouvelle impulsion au processus multilatéral de non-prolifération et serait une étape importante vers le désarmement nucléaire mondial.

En 2005, le Sénat et la Chambre ont voté une résolution qui demandait au gouvernement des efforts concrets pour mettre le retrait des armes nucléaires stationnées en Europe à l’agenda de l’Otan, jusqu’ici sans effet. Certains avancent que la Belgique s’isolerait au sein de l’Otan avec une telle position. Mais c’est ignorer que l’Allemagne entre autres souhaite également ouvrir cette discussion.

Avec l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche, l’espace politique existe à nouveau pour discuter du désarmement. Ivo Daalder, conseiller à la sécurité d’Obama pendant les élections et nommé ambassadeur américain à l’Otan a publié dans la revue Foreign Affairs un remarquable article « The Logic of Zero. Toward a World Without Nuclear Weapons », sur le futur de la stratégie nucléaire américaine (1). Selon lui, les Etats-Unis doivent prendre les devants dans le désarmement nucléaire. Comme première étape, le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité américaine doit être restreint et le nombre d’armes nucléaires américaines doit être drastiquement réduit. Là où l’administration Bush contribuait activement à enterrer toute évolution, Obama propose des plans ambitieux concernant la non-prolifération et le désarmement. Il s’est ainsi clairement engagé pour relancer les négociations Start avec la Russie pour la réduction des arsenaux stratégiques. Dans un rapport édifiant de la Secretary of Defense Task Force on Nuclear Weapons Management, plusieurs hauts gradés de l’administration Bush plaident pour une réévaluation de la politique de dissuasion nucléaire et du maintien des armes américaines en Europe. Rien de nouveau sous le soleil. Mais ce qui est remarquable c’est qu’ils se plaignent que leur vision trouve si peu de soutien. L’Eucom, la

structure de commandement des troupes américaines en Europe, n’est plus demandeuse du maintien des armes stationnées en Europe. L’establishment militaire est donc clairement prêt pour le retrait de ces armes nucléaires.

Au prochain sommet de l’Otan à Strasbourg, Jaap de Hoop Scheffer proposera une Déclaration sur la sécurité de l’Alliance, qui devrait devenir la base de discussion pour un nouveau Concept stratégique. Dans ce document, l’Otan va définir la direction qu’elle va prendre pour les années à venir. On espère clôturer les travaux début 2011. Inévitablement, la stratégie nucléaire fera partie du débat. Parallèlement, la Nuclear Posture Review, révision du déploiement des capacités militaires, remettra son rapport pour la fin 2009. Ces deux processus vont s’influencer très fort. Les pays européens peuvent peser sur la décision en plaidant au sein de l’Otan en faveur du désarmement nucléaire. Les balises sont déjà claires : les ministres danois et norvégien des Affaires étrangères ont déjà proposé à l’agenda le retrait des armes nucléaires de l’Otan. Aux Pays-Bas, plusieurs partis demandent que le ministre des Affaires étrangères Verhagen fasse de même. Dans notre pays, une récente résolution du Sénat reformule la même demande, jusqu’ici sans effets (2).

Nos ministres doivent saisir cette opportunité de retirer ces armes hors du territoire européen. Si les Etats dotés d’armes nucléaires ne prennent pas rapidement au sérieux leurs obligations de désarmer, c’est la survie du régime international de non-prolifération qui est en jeu. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki Moon a qualifié de « contagieuse » la doctrine de la dissuasion nucléaire : aussi longtemps que certains Etats considéreront les armes nucléaires comme l’ultime garantie de leur sécurité, la tentation pour les autres Etats sera grande de faire partie du club nucléaire. Comment convaincre l’Iran de ne pas se doter d’armes nucléaires si nous estimons en avoir besoin pour notre sécurité ? Les armes nucléaires sont illégales, selon le célèbre avis remis en 1996 par la Cour internationale de justice de La Haye. L’Otan devrait montrer le bon exemple en retirant les armes nucléaires de sa stratégie de sécurité. Le retrait des armes stationnées en Europe serait un premier pas et une impulsion importante vers le désarmement nucléaire mondial.

Les observateurs s’accordent pour dire qu’un échec de la Conférence de révision du Traité de non-prolifération de 2010 doit impérativement déboucher sur des avancées concrètes vers le désarmement, pour éviter l’effondrement du régime de non-prolifération. Obama veut donner une chance au désarmement nucléaire. Il y a donc une ouverture pour discuter du retrait de ces armes sans risquer de s’attirer les foudres des Etats-Unis et de devoir en payer le prix politique. Qu’attendent encore nos ministres ?

(1) Foreign Affairs, novembre/décembre 2008. www.foreignaffairs. com.

(2) Sur lwww.senate.be, voir le document législatif nº 4-1111/1.

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