L’exotisme du tout proche

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Mardi 7 avril 2009

Photographie « Nous autres » de Frédéric Lefever au BPS 22 à Charleroi

Photographiant les architectures, Frédéric Lefever livre un magistral portrait de nos contemporains.

Frédéric Lefever photographie les façades de maison. Mais il ne se considère nullement comme un photographe d’architecture. C’est que son travail n’a rien à voir avec les images glacées des revues spécialisées.

Sous le titre Nous autres, il présente actuellement une vaste exposition de près de 100 photographies au BPS 22. La première surprise vient de l’accrochage, à la fois sobre et extrêmement varié. Les formats sont très divers et ne cherchent nullement à lutter avec l’espace imposant qui les accueille. Ils dialoguent au contraire avec celui-ci dans un subtil jeu de ping-pong qui amène le visiteur à découvrir sans cesse de nouvelles correspondances entre les images, en fonction de l’endroit d’où on les regarde.

Né à Charleroi, où il a vécu une vingtaine d’années avant de s’installer dans le Nord de la France, il rassemble sous le titre Nous autres une série d’images prises dans de nombreux pays européens. Partout, il observe, refait la même route en sens inverse pour avoir de nouveaux points de vue et débusque les constructions les plus étonnantes là où nous serions passés cent fois sans rien remarquer.

« Après mes études, je cherchais du boulot, explique-t-il. Durant cinq années, j’ai restauré les négatifs sur verre du photographe Kasimir Zgorecki. Puis un jour, j’ai découvert un livre d’Eric Poitevin qui avait photographié des dizaines de boîtes de papillons. Et je me suis dit que je voulais photographier l’architecture comme ça. Zgorecki et Poitevin m’ont fort influencé. J’habitais le bassin minier du Pas-de-Calais et, autour de moi, toutes ces façades de vieux magasins ressemblaient à ces boîtes de papillons. »

C’est par là qu’il commence son travail, de manière très systématique. Des images frontales, neutres, sans nostalgie mais avec de petites pointes d’humour, de tendresse ou de poésie. Car chacune de ses images recèle de petits trésors que le visiteur est invité à débusquer en prenant tout son temps. L’art de Frédéric Lefever n’est pas fait pour les gens pressés. On est d’abord happé par telle façade imposante, par telle autre dressant sa masse sombre sur une plage. Puis on découvre, dans un univers a priori parfait, un petit détail qui cloche ou, au contraire, l’incroyable richesse d’une construction sur laquelle personne ne se serait retourné.

Jusqu’au 14 juin au BPS 22, 22 boulevard Solvay, 6000 Charleroi, 071-27.29.71, http : //bps22.hainaut.be

P.28 Suite de l’article

« Des maisons qui sont comme des visages »

Photographie « Nous autres » de Frédéric Lefever au BPS 22 à Charleroi

Suite de la page 29

Aucune présence humaine dans ces images. « C’est inutile, ces façades parlent suffisamment de l’être humain. En même temps, il y a de l’abstraction dans mon travail puisque j’enlève tout ce qui entoure ces maisons. » Tout ? Pas vraiment. Après avoir photographié, à la chambre, la façade qui l’intéresse (toujours une seule image), il recadre en studio et veille à laisser sur les bords de l’image un petit peu du paysage environnant. « Souvent je photographie des maisons qui sont comme des visages avec ces fenêtres comme des regards. C’est un peu du portrait. Et je fais aussi du paysage, sur les bords de l’image ou dans les reflets des vitres. »

Incroyablement riches, chacune de ses photographies le devient plus encore au contact des autres. On croise ainsi des maisons d’architecte, mûrement réfléchie, des cabanes de pêcheur semblables à un Malevitch, des cités-jardins qui se sont transformées avec le temps, une cabane de plage aux allures de sculpture contemporaine, une devanture de marché du Nord semblant surgir de l’époque soviétique, de grandes structures rouillées, des tribunes de foot désertées…

On redécouvre ainsi pleinement cet univers si proche, que nous ne prenons jamais le temps de regarder et dont Frédéric Lefever fait ressortir toute l’originalité, l’étrangeté, la saveur. D’un parti-pris radical et contraignant, la frontalité, il fait naître une multitude d’images surprenantes, drôles, émouvantes… « La frontalité est intéressante, explique-t-il, parce qu’en fait, on ne regarde jamais les choses comme ça. On ne fait que passer sans s’arrêter. »

Grâce à lui, on a envie désormais de prendre son temps et de réfléchir au monde dans lequel nous vivons et à ceux qui nous entourent, à travers tout ce qu’une façade peut nous en révéler.

Jusqu’au 14 juin au BPS 22, 22 boulevard Solvay, 6000 Charleroi, 071-27.29.71, http : //bps22.hainaut.be

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