Engagez-vous dans la marine !
HUON,JULIE
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Mercredi 8 avril 2009
Mode Un livre, une expo à Paris et un must de l’été 2009
En mode, outre Jean-Paul Gaultier dont il est devenu l’emblème – même si lui-même n’en porte plus en public depuis environ cinq ans –, il a titillé l’imagination des plus grands noms de la couture : Yamamoto, Rykiel, Saint Laurent, Kenzo, Chanel, Margiela, Dior, Hermès, Castelbajac, Givenchy ont tous habillé leurs égéries de pièces inspirées du vestiaire du matelot ou de l’officier de marine. Ses codes (ancres, rayures, pompons, cordes à nœud, col bateau…) ont été déclinés sous toutes les formes.
C’est précisément parce qu’il s’étonnait de recevoir la visite de couturiers avides de se plonger dans ses archives que le musée national de la Marine, en France, a compris que le « style marin » était un vrai sujet d’étude. Et qu’il a décidé de monter une expo livrant tous les secrets de ses uniformes (1).
Depuis le 25 février dernier, le musée raconte comment la tenue des marins est passée du pont des navires à la terre ferme à partir de la fin du XIXe siècle. Comment le fameux pull rayé fut progressivement adopté par des particuliers. Et comment, 154 ans après sa création – l’existence d’une chemise tricotée est mentionnée pour la première fois le 3 novembre 1855, dans un bulletin fixant la composition du sac des marins –, il reste un incontournable des garde-robes, au même titre que le jean et la petite robe noire.
« Il y a un film qui a renforcé chez moi le désir de porter ce pull, c’est en 1982, Querelle de Fassbinder, ce film qui est inspiré du roman de Jean Genet Querelle de Brest. C’est le côté marin-macho-gay qui m’a plu dans ces images, avec la nostalgie d’un univers des années 50. » La marinière, Jean-Paul Gaultier s’y glisse depuis qu’il est tout petit. Cadeau de sa grand-mère. Toute sa vie, ce souvenir d’enfance lui a collé à la peau, s’assortissant d’un smoking, une jupe, un kilt, un jean…
« C’est d’abord le pouvoir d’évocation de ce vêtement qui m’importe, une nostalgie, poursuit le couturier. Et ensuite ce pull marin m’intéresse pour son côté graphique. » C’est que le marin et tout ce que contient son paquetage nourrit un puissant imaginaire onirique fait de mers déchaînées, de nuits d’ivresse, de femmes, de chants, de tatouages ciselés dans les escales… Cette liberté hantant les rêves de ceux qui restent au port, l’appel de l’aventure auquel répondent des types de la trempe et de l’allure d’un Corto Maltese, comment y résister ? « La rayure fait partie de la séduction de l’homme-objet ou du “pin-up boy” », analyse Anne Zazzo, conservateur du patrimoine au musée de la Mode de Paris, dans le livre Les marins font la mode (lire ci-dessous).
Et le bonnet alors ? On en fait quoi du bonnet, « bachi » en argot, avec son pompon rouge ? C’est pas sexy, un pompon ? Un peu, quand même, à en juger par la façon dont le marin devait l’arrimer solidement à sa coiffe pour éviter de se le faire faucher par des admiratrices trop… enthousiastes. Si le toucher, déjà, porterait bonheur, alors l’arracher…
