Dragone menace de quitter La Louvière

SCHIAVETTO,FABRIZIO

Samedi 18 avril 2009

Le patron du Cirque du Soleil est lassé par les lenteurs administratives à la Ville. Il pense à la délocalisation. Des prospections ont déjà eu lieu vers le Sud de la France et dans la région parisienne.

Franco Dragone transformera-t-il les Loups en pierrots tristes ? La lune, celle que le créateur italo-belge a ramenée de ses valises montréalaises, cette lune qu’il plaira à 25.000 personnes de décrocher encore en septembre 2009, pourrait quitter bientôt La Louvière.

Le metteur en scène du Rêve nous a confirmé analyser très sérieusement l’éventualité de relocaliser l’entreprise. Des prospections ont déjà eu lieu vers le Sud de la France et dans la région parisienne. « Nous avons commencé les démarches, dit Franco Dragone. Ma priorité est de préserver l’emploi. Nous sommes 110 à La Louvière et avec le spectacle de Macao, nous serons 270. Nous ne pouvons plus subir, à titre privé et professionnel, de retards administratifs dus à l’ignorance ou l’incompétence, qui font qu’un projet mette trois ans à se faire plutôt qu’un et demi. »

Au cœur de cette colère se dressent les tergiversations du service de l’urbanisme louviérois, autour de la construction d’une habitation privée à Haine-Saint-Pierre. « Je parle d’erreurs, de peccadilles, de maladresses, de lettres qui ne sont pas envoyées et mettent en péril l’agenda de l’entrepreneur qui a planifié le projet. » Franco Dragone souhaitait un toit incliné plutôt que plat. Une dérogation était indispensable. « Normal, admet-il. Mais cela ne l’est plus quand les délais s’allongent par manque de compétence. » Et, jetant un regard vers le passé, il se rappelle que le projet de fabrique de spectacles au bois de la Hutte, avait, en son temps subi un revers. « Et aujourd’hui on y a fait autre chose… » Et puis aussi, son projet immobilier au Moulin Collet, rejeté deux fois. « Le projet à Haine-Saint-Pierre, je l’arrête », dit-il.

À la grande surprise du bourgmestre, Jacques Gobert (PS), et de l’échevin de l’urbanisme Olivier Destrebecq (MR), qui indiquent ne pas être au courant de soucis particuliers. « Le permis lui a été accordé moyennant certaines modifications », affirme le premier. « Si M. Dragone a besoin d’infos complémentaires, je suis à l’écoute. Nous ne sommes pas en faute. Je ne comprends pas son attitude. Tout aurait pu aller plus vite si son architecte avait réagi plus rapidement », souligne le second. Oui mais voilà, le metteur en scène estime qu’à force de laisser passer les trains, on se lasse : « Wilhelm & Co nous a demandé d’intégrer le projet Boch-Kéramis, je trouve cela fantastique. Mais vous croyez que j’attendrai d’être enterré ? »

Saut de qualité

M. Dragone exige aujourd’hui un saut de qualité dans les mentalités louviéroises et un devoir d’analyse politique et institutionnel, quitte à susciter le débat. Pour, lui, sans évolution, même la plus belle ville, avec ses beaux projets, vivra toujours de bouts de ficelle, et ce jour-là, il sera parti… « Quand je recevrai Attali ou Séguéla dans mes bureaux, le plus dur sera de faire semblant que La Louvière est toujours ma reine. » Si les reflets de la lune s’assombrissent même pour Dragone…

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