Un festival de résistance
CONRAADS,DANIEL
Lundi 27 avril 2009
Verviers Un épisode méconnu des conquêtes syndicales
Ils ont adapté la phrase du poète louviérois Achille Chavée qui se définissait comme « un vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais en file indienne ». Les promoteurs du premier Festival de résistance que la FGTB-Verviers organisera ces 30 avril et 1er mai (lire ci-dessous), veulent fêter un double anniversaire de l’histoire sociale de la région, mais surtout montrer qu’il reste des « Sioux allergiques aux files indiennes qui entendent résister au conformisme à la fabrique du consentement, au libéralisme ». Les tuniques rouges verviétoises se disent, en effet, intimement persuadées qu’il existe des alternatives à l’idéologie libérale et elles s’inscrivent en faux contre l’affirmation que « le capitalisme est l’ordre naturel des sociétés humaines ».
Daniel Richard, le secrétaire régional de la FGTB-Verviers, s’indigne ainsi des propos qu’il juge indécents du ministre Charles Michel qui considérait récemment la crise économique comme une opportunité. « Le libéralisme n’a libéré que le capital. Le résultat, on le subit aujourd’hui avec la crise », s’offusque-t-il.
Si un premier Festival de résistance est mis sur pied cette année, c’est pour se souvenir d’un épisode tombé pratiquement dans l’oubli de l’histoire sociale : « la rénovation de confraternité », accord passé le 13 août 1759 entre les tondeurs de Hodimont et le marquisat de Franchimont pour s’opposer à l’entente des fabricants de laine pour verser une rémunération inférieure au salaire nominal. Les signataires s’engageaient à ne pas reprendre le travail « avant d’avoir mis en commun de quoi soutenir un éventuel procès consécutif à la grève et à ne pas accepter de travailler en dessous du tarif de 20 sous ». Ce pacte peut ainsi être considéré comme une tentative de résistance à une lointaine préfiguration de la mondialisation actuelle. En 1759, le faubourg d’Hodimont à Verviers et le marquisat de Franchimont faisaient en effet partie de deux Etats distincts : le premier dépendait du duché de Limbourg, le second de la principauté de Liège. « Cet accord se révèle remarquable car il s’agit de la première trace dans la région et probablement en Wallonie d’une forme de syndicalisme et de solidarité ouvrière transnationale », insiste Daniel Richard.
En rappelant la démarche des tondeurs verviétois, les organisateurs veulent remettre en lumière les luttes sociales menées dans la région. « Aujourd’hui, on peut tout connaître des faits et gestes des têtes couronnées, mais tout ignorer des conditions de vie réelles de nos grands-parents, déplorent-ils, et ne rien savoir des combats qu’ils ont menés pour grappiller des conquêtes sociales qui depuis une vingtaine d’années sont minutieusement détricotées. » Ils rappellent aussi le message lancé en 2004 par les vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre (entre 1940 et 1945) qui incitaient toutes les couches d’âge de la population, mais aussi les éducateurs et les autorités politiques « à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour la jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et la compétition à outrance de tous contre tous ».
Ce festival évoquera le centenaire de la mort de Pierre Fluche, une des grandes figures du syndicalisme de la fin du 19e siècle, époque où Verviers était considéré comme le premier centre textile du continent. Il figura parmi les animateurs de l’AIT (Association internationale des travailleurs,) mieux connue sous le nom d’Internationale. Il y côtoya Marx et Engels et se rangea du côté de l’anarchiste Bakounine qui s’opposait à Marx. En 1885, Pierre Fluche participa à la création du POB (parti ouvrier belge) et il fut le premier ouvrier à devenir échevin à Verviers.
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