Le feu est au vert pour Città Verde

ALBIN,DIDIER

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Mercredi 6 mai 2009

Farciennes Le permis unique de cet immense projet mixte a été signé mardi

Le bourgmestre de Farciennes, Hugues Bayet (PS), a signé ce mardi le permis unique du projet « Città Verde », octroyé par son collège communal. Ce n’est pas qu’une formalité.

Après réception de l’avis favorable des fonctionnaires délégué et technique de la Région wallonne, « nous avons travaillé à sa finalisation avec l’appui de juristes », confie Hugues Bayet. Des recours sont attendus dans le délai de rigueur de 20 jours. « Notamment de la Ville de Namur qui continue à voir dans la construction d’un complexe de 42.000 m2 de commerces une menace potentielle pour la prospérité et la fréquentation de son cœur urbain. »

Or il s’agit d’un vrai quartier de vie dans lequel s’intègre un complexe thématique dédié à la maison. Le petit commerce s’y réduit à 25 petites boutiques. Charleroi n’y a pas vu de péril, comme l’a répété l’échevin Eric Massin (PS) qui voit plutôt dans ce projet un moteur de développement régional.

Le second permis sera-t-il le bon pour le promoteur italien qui porte cet investissement de près de 250 millions ? Selon le porte-parole du groupe Moro, « la nouvelle autorisation ne donne prise à aucun recours suspensif qui pourrait bloquer ou retarder l’ouverture du chantier. Si bien que les travaux commenceront en septembre ou octobre avec l’aménagement routier », confirme Robert Marlier.

Le planning prévoit trois années de chantier, et l’inauguration de Città Verde en 2012. « Trois banques en soutiennent le financement, le promoteur apportant 30 % de moyens propres. »

Cinq fois pour

1L’offre commerciale. Le promoteur entend respecter à la lettre son permis socioéconomique. Dans ce cadre, il a revu à la baisse les surfaces et le nombre de magasins : ceux-ci sont réduits à 68 contre 188 dans la première mouture, et les petites boutiques de 22 à 155. Cette adaptation va réduire la mobilité. Il est clair aussi que l’attractivité du complexe ne se fera pas aux dépens des shoppings existants qui proposent une offre très diversifiée, assure Robert Marlier.

2Les emplois. Les chantiers de construction du complexe, des logements et équipements collectifs assurent entre 600 et 700 emplois jusqu’à l’horizon 2012. Pour l’exploitation du centre commercial et le fonctionnement des infrastructures du site, le bourgmestre annonce la création nette de 1.000 emplois à terme, qui ne seront pas perdus ailleurs grâce à l’arrivée de nouvelles enseignes inconnues en Belgique. Le groupe Moro évoque des marques françaises et italiennes avec lesquelles des négociations sont en cours.

3Le développement durable. Façades végétales, toits de verdure, champs photovoltaïques de 1.500 mètres carrés et de 300 mètres carrés, projets d’intégration de nanotechnologies : Citta Verde est le fruit d’une réflexion sur les économies d’énergies avec la mise en œuvre de techniques solaires, d’isolation, de récupération et de traitement d’eau de pluie. Ecologiquement, le projet se veut un modèle du genre.

4L’image et la fiscalité. Que gagne Farciennes dans ce projet ? Pour son bourgmestre Hugues Bayet (PS), c’est un véritable jackpot politique : Citta verde contribue au renouveau d’une commune boudée par les investisseurs, tout en apportant un coup de pouce à son enrichissement. La fiscalité tirée des commerces et infrastructures d’accueil qui seront mis en place, au delà des compensation, va donner des moyens nouveaux à Farciennes.

5La mobilité. Proximité de l’autoroute, aménagement routier de la RN90 avec la création de ronds point donnant directement accès aux parkings et zones de déchargement en sous-sol mais aussi, mise en service de nouvelles lignes de bus : le projet Citta Verde ne nuit pas à la mobilité. Au contraire, il en augmente l’offre et va réduire les déplacements de la population de Charleroi qui se meuble à Bruxelles et Liège, selon l’échevin carolo Massin (PS).

Cinq fois contre

1L’incidence sur la mobilité. Un centre commercial de 50.000 mètres carrés dans une commune de 11.000 habitants, cela va forcément générer d’importants déplacements de chalands. Or, Farciennes est plutôt dépourvu en offre de transport en commun. Et la création d’une gare de TEC avec 6 lignes supplémentaires de bus n’y changera pas grand chose. L’auteur du schéma de développement commercial, Jean-Luc Calonger, déplore que le projet n’exploite pas le potentiel existant dans les villes, qui sont de véritables nœuds de transports en commun avec le train, le métro, les bus…

2Le développement urbain. Même s’il en revendique le nom et en a l’apparence, ce projet n’est pas une opération de développement urbain, soutiennent des commerçants de Namur centre Ville. C’est un complexe commercial auquel des infrastructures périphériques (hôtel, crèche, centre de jeunesse, salles polyvalente et omnisports, gare de bus, logements) donnent l’allure d’un quartier et en constituent des compensations.

3Les emplois. Le commerce ne crée pas d’emplois ni de valeur, observe Jean-Luc Calonger. Il ne fait qu’en déplacer: c’est ainsi que le chiffre d’affaires de ce centre commercial se fera aux dépens de celui d’autres complexes, où les clients n’iront plus dépenser leur argent. S’il était vrai que le commerce créait vraiment de l’emploi et de la valeur, il faudrait alors réaliser tous les projets commerciaux de Charleroi.

4L’offre commerciale. Les conditions du marché actuel permettent-elles de réaliser cette opération ? Des experts de l’immobilier commercial sont perplexes. Ils pensent que Farciennes aura toutes les difficultés à se vendre dans un contexte où des projets comme Médiacité à Liège éprouve déjà tant de peine à se commercialiser. Ils craignent une revente du permis à un autre promoteur.

5La concurrence. Pour Jean-Luc Calonger, ce complexe ne sera pas complémentaire, mais d’abord concurrent à celui du Cora où un hypermarché cohabite avec des enseignes d’équipement de la maison comme Leroy Merlin. Selon l’expert, le succès de Citta verde ne peut se faire sans causer des soucis au complexe d’enseignes de Chatelineau. Il pense que c’est là que risquent de s’opérer les flux de chalands et de clients les plus douloureux.

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