Finance islamique : à quand la Belgique ?
n.c.
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Vendredi 8 mai 2009
Carte blanche
A l’heure où la campagne électorale bat son plein, ces professionnels souhaitent attirer l’attention des partis sur un frein à leur épanouissement personnel/familial dans des activités financières normales du quotidien : achat d’une maison, acquisition d’un commerce, investissement en Bourse… En effet, les produits bancaires de la finance conventionnelle proposés en Belgique ne répondent pas à leurs attentes et c’est ainsi qu’ils sont de facto « hors champ » des tractations économiques parce qu’elles ne sont pas en phase avec leur sensibilité confessionnelle. En effet, les musulmans ne peuvent acheter un bien par le biais d’un crédit traditionnel – puisque l’islam ne reconnaît pas à l’argent le rôle de bien réel et n’accepte donc pas que celui-ci puisse être acheté ou vendu moyennant le paiement d’un intérêt. Ils ont dès lors besoin de trouver une solution. Elle existe et circule de plus en plus dans les sphères économiques européennes : elle s’appelle la finance islamique.
De quoi s’agit-il ? La finance islamique est une finance éthique développée sur base des principes découlant des sources de l’islam, aspirant à plus de justice et d’équité dans les transactions et rejetant toute source d’enrichissement injustifié (notamment par la perception ou l’octroi d’un intérêt). Le profit n’est donc légitimé que si un effort et un certain risque ont été induits dans son acquisition. En ce sens, la finance islamique va promouvoir un mode transactionnel participatif basé sur le principe de partage des pertes et profits et interdisant notamment la spéculation fictive excessive. La crise des subprimes ne se serait jamais produite dans un tel système à énorme potentiel : le marché de la finance islamique représente aujourd’hui, selon les estimations, de 500 à 700 milliards de dollars. Le marché potentiel est estimé à environ 4.000 milliards de dollars (2).
Si certains – même parmi les politiques pour des raisons plus ou moins objectives – à l’évocation de la religion pour un domaine économique, peuvent développer une méfiance à s’engager sur cette voie, la meilleure réponse à leur donner serait les premières lignes de l’offre d’emploi d’expert en finance islamique, publiée par l’Agence wallonne pour l’exportation (Awex) : « Dans un contexte de crise financière mondiale et d’absence de liquidités, la Finance islamique présente aujourd’hui des opportunités intéressantes tant pour les exportateurs wallons qui recherchent des sources de financement alternatives que pour les investisseurs islamiques qui souhaiteraient s’implanter en Wallonie. (3) » Le ton est donné : la finance islamique comme un élément de solution à la crise, n’en déplaise à certains exégètes de la laïcité à la française en mal d’acclimatations sous nos latitudes…
D’ailleurs, même la France républicaine s’y met en mobilisant ses plus hauts dirigeants comme la ministre de l’Economie et de l’Emploi, Christine Lagarde, ou via l’organisation d’un colloque spécial au Sénat (4) pour étudier les modifications juridiques et légales à envisager. Et à l’occasion du 15e forum de Paris Europlace, son président Gérard Mestrallet, également PDG de GDF SUEZ, nous informe des premiers efforts accomplis : « La loi française offre déjà la meilleure flexibilité et la capacité d’adaptation pour accueillir des opérations de finance islamique (5). » L’argent a ses raisons que la raison des plus réticents reconnaîtra et acceptera.
La finance islamique offre ainsi des réponses tant pour les communautés musulmanes vivant en Europe à la recherche de produits bancaires en phase avec leur sensibilité que pour les entreprises belges désirant attirer les liquidités ou les investisseurs des pays du Golfe. C’est donc bien d’une opération win-win qu’il s’agit. Autre exemple concret : l’accès à la propriété privée pour les personnes musulmanes désirant acquérir un bien conformément à leurs souhaits permettra d’augmenter le nombre de propriétaires et de résoudre la crise du logement à Bruxelles – conformément aux solutions des programmes des partis. Et bien qu’il ne faille pas tomber dans le travers de la présenter comme la panacée, la finance islamique offre de réelles potentialités de développement et des pays comme l’Angleterre, la Suisse, Le Luxembourg et la France s’y sont engagés et s’en sont accommodés. A quand la Belgique ?
Le but n’est certainement pas de remplacer toute la finance capitaliste par ce modèle, mais d’en promouvoir un espace financier alternatif afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre de musulmans ou non – et spécialement ceux qui ne peuvent en l’état accéder à la propriété. Cela pourrait se faire par la création de tels produits bancaires dans les banques actuelles qui seront accessibles à tous. Il s’agit donc bien de renforcer l’accès de produits financiers en y ajoutant une plus-value éthique. Le seul profit ne doit plus être une fin en soi et il convient d’intégrer davantage la dimension humaine en soutenant une économie réelle (et non virtuelle !) et en la développant au service des gens.
En conclusion, il convient dès à présent de se pencher sur des aménagements possibles qui permettraient d’établir la finance islamique en Belgique et de créer rapidement un espace de discussions avec des experts et des spécialistes en la matière. Soulignons à ce sujet l’existence de la société de consultance Al Maalya. L’ABPM est également toute disposée à participer à un débat serein, loin des simplismes et des préjugés.
Enfin, dans un livre récent, Comprendre l’islam, les auteurs ont mis en avant deux ingrédients clés pour favoriser la participation des musulmans de Belgique : l’imagination et la volonté politique. Pour l’imagination, l’ABPM se déclare prête à s’investir pleinement pour trouver des solutions innovantes et ambitieuses. Quant à la volonté politique… A bon entendeur !
