Reine Elisabeth : 2 Belges parmi les 24 demi-finalistes
FRICHE,MICHELE
Dimanche 10 mai 2009
Ne pas entendre le nom de Lorenzo Gatto parmi les 24 demi-finalistes eût provoqué un petit séisme : sa prestation mardi soir avait enflammé la salle. En 2005, nous regrettions que le jury l’ai confiné aux éliminatoires.
Il est donc revenu avec une maturité, un éclat, une musicalité tout simplement éblouissante jusqu’aux plus diaboliques des Paganini, le tout dans l’opulence sonore domptée et une aisance scénique rayonnante. Nul doute que l’enseignement de Boris Kuschnir au Conservatoire de Vienne (et membre du jury cette année) ait porté ses fruits.
Sous la férule de ce pédagogue autrichien (d’origine russe), bien des violonistes ont pris leur envol, dont Julian Rachlin et Nicolas Znaider, premier prix au Reine Elisabeth 1997… En amont de cette formation, d’autres professeurs se sont penchés sur les dons d’un enfant surdoué, né à Bruxelles en 1986 : Véronique Bogaerts au Conservatoire de Bruxelles, puis Herman Krebbers aux Pays-Bas et Augustin Dumay à la Chapelle musicale Reine Elisabeth.
Et s’il a déjà collectionné quelques récompenses à d’autres compétitions réputées, ce jeune homme d’une assurance redoutable sur scène, n’est pas qu’une bête de compétition, c’est un soliste qui a déjà une belle expérience avec orchestre, (et on pourra l’entendre en juillet au Festival de Saint-Hubert avec l’Orchestre National), mais c’est aussi un chambriste renommé… et un fou de paramoteur !
Levez les yeux, vous pourriez le croiser par-dessus les prairies du Brabant wallon : Lorenzo Gatto adore prendre de l’altitude. C’est donc bien parti pour ces demi-finales ! Son programme annonce Prokofiev, Schnittke, Saint-Saëns, Tchaïkowski, Ysaye, le 5ème concerto de Mozart et l’imposé de Claude Ledoux.
Autre Belge, néerlandophone, Jolente De Maeyer a 24 ans et tout comme Lorenzo Gatto, elle avait pris en 2005 la mesure du Concours, sans franchir cette première étape. D’un petit violon dans les mains d’une enfant dès 4 ans est née une vocation, qu’a reconnue Yehudi Menuhin.
La voilà donc adolescente invitée dans l’école du maître, à Londres. Elle y poursuivra ses études au Royal College of Music et à la Hochschule für Musil Hanns Eisler à Berlin, tout en peaufinant son art avec l’un des monstres » de la pédagogie du violon, Zakar Bron. Elle cumule des récompenses à diverses compétitions et l’année dernière, elle entre à la Chapelle Musicale avec Augustin Dumay.
En quelques années, elle a acquis une solide expérience internationale de concertiste, forme un duo de chambriste avec le pianiste Nikolaas Kende et a rejoint l’ensemble de musique de chambre Frescamente. Musicienne racée, concentrée, pudique, elle avait offert un Bach introverti, construit, mais qui tardait à prendre son envol. Ses Caprices se sont un peu échorchés dans leur virtuosité tout en prenant une allure très originale.
Quant au concerto de Bartok, il respirait par le galbe de ses mélodies sereines, mélancoliques et déployait une chatoyante poésie sonore. On la retrouvera donc en demi finale avec Ravel, Saint Saens, Lutoslavsky, Szymanowski, Ysaÿe, Ledoux et le 5ème concerto de Mozart, tout comme Lorenzo Gatto.
