Six chevaliers belges de la bande dessinée

COUVREUR,DANIEL

Jeudi 14 mai 2009

Jeudi soir, à Bruxelles, sous le déluge historique d’une drache belge, six auteurs de bande dessinée ont été adoubés chevaliers des Arts et des Lettres de la République française : du jamais vu !

Par cette distinction symbolique, la France a souhaité apporter une reconnaissance officielle à un art encore snobé du monde intellectuel, même si les médias et le marché de l’art lui accordent de plus en plus d’intérêt.

La décoration était taillée sur mesure pour des auteurs de bande dessinée, seuls à maîtriser à la fois les arts par le dessin et les lettres dans les phylactères. L’ambassadeur Dominique Boché a récompensé six créateurs belges dont la contribution à la culture a dépassé les frontières : Jean-François Charles (Les pionniers du Nouveau Monde, Fox, India Dreams…), Bernard Yslaire (Bidouille et Violette, Sambre, le XXe Ciel, le Gang Mazda…), Jean Dufaux (Jessica Blandy, Les Complaintes des landes perdues, Niklos Koda, Murena, Giacomo C…) Roland Goosens, dit Gos (Scrameustache), Werner Goelen, dit Griffo (Giacomo C), Hermann Huppen, dit Hermann (Bernard Prince, Comanche, Les tours de Bois Maury, Jeremiah…).

Les auteurs étaient à la fois émus, incrédules et flattés au-delà du possible. Enfant, Jean-François Charles s’était juré de devenir chevalier. Il a remercié l’ambassadeur d’avoir concrétisé son rêve. Perfectionniste et toujours hors limites, Bernard Yslaire avait préparé trois pages d’un récit épique pour raconter combien la médaille lui a perforé le cœur. Pour Gos, cette récompense suprême est comme un joyau dédié à sa femme, française. Avec une démarche de cow-boy et sans un mot, Hermann s’est contenté d’accepter le bijou de la République. Griffo a illuminé la réception de sa mine ensoleillée des Canaries où il vit désormais. Paralysé par l’émotion, il en avait oublié d’enlever son écharpe. Jean Dufaux a failli ne jamais arriver, englué dans les tunnels inondés de la capitale. Revenu de nulle part sans cravate ni nœud papillon, il a reçu les honneurs in extremis.

Et puisque tout à une fin, comme dans les meilleures bandes dessinées, Hermann est reparti en poor lonesome cow-boy sous le soleil couchant de l’Ouest du Maelbeek, tandis que les cinq autres irréductibles s’en allaient festoyer au banquet gaulois des Galeries royales Saint-Hubert.

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