DHKP-C : entre terrorisme et opinions
METDEPENNINGEN,MARC
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Vendredi 15 mai 2009
La Une Un décryptage minutieux d’une saga judiciaire et diplomatique et un focus sur la « star » Kimyongur
Au-delà de ses aspects diplomatiques et purement judiciaires, la saga du DHKP-C a surtout mis en lumière les failles et les excès des lois antiterroristes, considérées par ses détracteurs comme attentatoires aux libertés d’association.
Le feuilleton DHKP-C démarre en septembre 1999 à Duinbergen. Un appartement de militants de l’organisation est victime d’un incendie. La police intervient. Elle découvre des armes, des faux papiers et identifie Fehryie Erdal, une jeune Turquie réclamée par son pays pour y répondre d’un triple assassinat commis dont fut notamment victime un puissant industriel, M. Sabanci. La Belgique refusa longtemps de livrer Erdal à la Turquie, en raison de la persistance de la peine de mort et de l’existence de tribunaux d’exception. A la veille du jugement que devait prononcer le tribunal correctionnel de Bruges, Erdal, laissée en liberté, parvint à échapper à la Sûreté de l’Etat dans des circonstances rocambolesques. La cour d’appel de Gand confirma le jugement brugeois ; la Cassation l’anéantit ; la cour d’appel d’Anvers acquitta les inculpés ; la Cassation, cette fois, cassa l’arrêt favorable aux militants. Bruxelles devra donc statuer à son tour.
Au-delà de ces péripéties judiciaires, le feuilleton du DHKP-C se fige sur son acteur le plus médiatique, Bahar Kimyongur, archéologue de l’ULB, de nationalité belge.
Le jeune homme, sympathique et intelligent, a focalisé depuis des années les polémiques entretenues sur le sort à réserver aux militants du DHKP-C. Sympathisant d’un mouvement politique, certes d’extrême gauche et qui prône la lutte armée, ou « chef d’une organisation terroriste » comme le jugement de Bruges et l’arrêt de Gand l’avaient qualifié. Il répond longuement à ces questions dans le reportage diffusé ce soir. Il se refuse à qualifier de « terrorisme » les actions menées en Turquie par le DHKP-C. Il parle « d’actions armées ». Même s’il traduit des communiqués de l’organisation, il se dit « simple citoyen ». Et sa livraison, décidée par le gouvernement belge, aux Pays-Bas aux fins d’extradition vers la Turquie, a renforcé sa position et celle de ses partisans.
Les actions terroristes menées par le DHKP-C (300 morts) et son idéologie extrémiste ont été supplantées par un débat sur la liberté d’association et l’application des lois antiterroristes de 2003. « Mon procès, c’est celui de toute la Belgique », dit-il avant de comparaître le 25 mai devant la cour d’appel. Les armes du DHKP-C se sont estompées. Stratégiquement, Kimyongur et ses amis sont parvenus à un beau résultat médiatique.
