Reine Elisabeth : des archets habités, conquérants
FRICHE,MICHELE
Vendredi 15 mai 2009
La soirée a débuté mollement, avec la Coréenne Jung Yoon Yang. Peu convaincante dans sa prestation de récital, elle n’a pas redressé le tir avec un 5ème concerto de Mozart assez monochrome et laborieux.
Lorsque notre compatriote Jolente De Maeyer lui succède dans la même oeuvre, le ciel s’éclaircit : fine musicienne, elle fait superbement chanter son instrument, sous un archer léger : un élégant et nerveux premier mouvement, un adagio plutôt sombre et un final resté sage dans ses rythmes de czardas. Avec cette concentration qui la caractérise, elle paraît soucieuse, tendue. Elle ne semble pas encore totalement libre des exigences de la technique, ce qui entrave parfois son vrai talent de musicienne, toute en intériorité.
Changement de cap avec le récital de la Coréenne Ji Joon Park : une poigne, de la répartie et le sens de l’orientation dans le V musclé de Claude Ledoux, tout comme dans la Sonate d’Ysaÿe. L’archet est triomphal, le son plein et généreux et la jeune femme sait ménager ses effets, dans une grande palette dynamique. Le Subito de Lutoslavsky vole haut et prend des allures méphistophéliques, servi par une virtuosité, une ardeur stupéfiante qui font aussi un sort époustouflant au Tzigane de Ravel.
Et la soirée nous réservait encore une surprise de taille avec la Japonaise Mayu Kishima. Un brin de folie, certes, mais de cette folie qui vous laisse pantois face à un tel investissement, soutenu par une technique prodigieuse et une musicalité toute personnelle qui fera peut être hérisser le poil de certains. L’imposé de Claude Ledoux et la sonate d’Ysayë en deviennent vertigineux, en combat singulier. Puissante, conquérante, avant de nous éblouir dans une toute autre texture, avec Distance de fée de Toru Takemitsu : des sonorités diaphanes, des envolées impalpables, un climat de songe d’une nuit d’été. Et la voici qui revient dans un tourbillon d’enfer de la Valse- scherzo de Tchaïkovsky, plus scherzo que valse. En volte-face pour conclure, elle s’épanche dans le lyrisme douloureux du poème élégiaque d’EugèneYsayë. Quelle nature !
