Ali, baba des hirondelles

MOREL,PIERRE

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Samedi 16 mai 2009

Wonck Les nids artificiels posés par ce fou de nature commencent à être occupés

REPORTAGE

Sous la corniche du numéro 8, rue du Village, à Eben-Emael, les chanceux pourront la voir timidement passer la tête depuis son habitation de résine de bois. C’est une hirondelle de fenêtre, à peine revenue d’un périple de 6.000 km depuis l’Afrique centrale qui a coûté la vie à 80 % de ses congénères. Le 10 mai dernier, celle-là a été la première à s’installer dans l’un des cent nids artificiels qu’Ali Aghroum a installés à Wonck, Bassenge et Eben-Emael, dans la superbe vallée du Geer (Le Soir du 27 décembre).

« Ali faisait des bonds de joie quand je l’ai appelé pour lui dire que le nid était occupé », sourit Roger, l’habitant des lieux. Logique : recréer des habitats propices à la nidification des hirondelles et ainsi tenter d’enrayer le net déclin de l’espèce, c’est le combat d’Ali. « En fait, une hirondelle revient toujours nicher à l’endroit exact où elle est née, explique-t-il. Seuls les bébés nés en Afrique, et qui arrivent ici pour la première fois, vont se construire un nouveau nid. Mais les bons emplacements se font rares : il faut être à moins de 500 mètres d’une colonie existante, il faut une hauteur de corniche de 4 mètres minimum et un débordement d’au moins 45 cm. Il ne faut pas d’arbre en face du nid, non plus. Or, avec toutes ces corniches en bois peint ou en plastique, désormais, les hirondelles ne parviennent plus à faire tenir leurs nids de boue séchée. C’est pour ça que j’ai installé tous ces nids artificiels. »

L’oiseau porte-bonheur

Un personnage, cet Ali. La quarantaine insoupçonnée, l’œil brillant et le sourire franc sous le chapeau de feutre, il a la maigreur de ceux qui ne s’arrêtent jamais et l’intarissable débit des passionnés. Quand, grâce à un héritage, il a racheté « pour une bouchée de pain » à Wonck l’une des plus vieilles fermes de la région, complètement détruite par un incendie, plus d’un habitant de ce coin rural a dû lever un sourcil dédaigneux. Mais aujourd’hui, Ali est un membre respecté de la communauté, salué par tout le monde dans la vallée.

Tout seul, brique par brique, bloc de tuffeau par bloc de tuffeau, tuile pare tuile, il a retapé sa ferme à l’ancienne. Pour en faire un magnifique havre de paix pour sa petite famille, et pour ses amis les animaux. Sur sa propriété, près de 80 nids accueillent les cigognes, chouettes, mésanges, chauve-souris, écureuils, colombes et… les hirondelles.

« Tu sais, j’ai beaucoup travaillé pour moi, dans ma maison, explique-t-il. Mais à un moment, il faut travailler pour les autres. Il n’y a pas que l’argent dans la vie : il vient un moment où il faut se donner à quelque chose. Moi, ce sera les hirondelles. Jusqu’au moment où je marcherai avec une cane. »

Voilà pourquoi, pendant tout l’hiver, Ali est venu frapper à la porte de 450 maisons : « Vous avez de la chance, il y a des hirondelles de fenêtre, près de chez vous, je disais aux gens. Puis je leur proposais d’installer un nid artificiel. Certains m’ont claqué la porte au nez, mais beaucoup ont accepté. Pour les personnes âgées, c’est un animal de légende, celui qui amène le printemps. »

Ali nous emmène chez Gabrielle, 71 ans. Dans sa ferme, il n’y a plus de vaches depuis belle lurette, mais l’étable est restée en l’état. Parce qu’ici, c’est le royaume des hirondelles rustiques, celles qui nichent à l’intérieur. Elles sont une douzaine à filer en tous sens autour de nous. « Les hirondelles, ça porte bonheur, sourit Gabrielle. Ici, il y en a toujours eu, mais il y en a de moins en moins. C’est triste. Ce matin, elles étaient toutes là, à chanter. C’était beau. »

Ali nous montre un couple affairé sur un fil électrique. « Ils se font des mamours, c’est la saison. Dans quelques jours, elles vont pondre. Dans un mois, ce sera le va-et-vient continu ! » Des promeneurs hollandais de passage s’extasient sur le ballet des hirondelles. Ali sourit.

« Participez au recensement ! »

Comment faire pour aider Ali dans son combat contre la disparition des hirondelles ? Dans sa région, il peut venir installer des nids artificiels. Cela coûte 18 euros. Le prix du nid. Dans le reste de la province, l’ASBL Natagora effectue aussi ce travail. « En Flandre, la pose de nids est subsidiée par la Région, souligne Ali. Pas encore chez nous, malheureusement. »

On peut aussi installer soi-même, sous sa corniche, une simple planche de bois (60x45 cm) avec deux équerres. « Les hirondelles ont besoin de 1.000 boulettes de boue pour faire leur nid. S’il y en a dans le coin, on peut les aider en faisant un peu de boue dans son jardin. »

Si l’on est gêné par les fientes, une simple planchette placée sous le nid règle le problème.

On peut, aussi, participer au recensement organisé, entre le 20 et 28 juin prochain, par Natagora : si vous voyez alors des hirondelles, notez leur nombre et le lieu de l’observation. Cherchez les nids si vous en avez le temps, et dénombrez-les. Et remplissez ensuite un formulaire (disponible sur www.natagora.be/hirondelles).

« C’est important, reprend Ali. Suivre l’évolution des populations permettra de leur garantir un meilleur avenir. »

Enfin, on peut aussi protester quand on voit quelqu’un détruire un nid. « Avec tous les protecteurs d’hirondelles qu’il y a ici, désormais, les casseurs de nids vont avoir le village sur le dos ! », se réjouit l’ami des hirondelles.

Pour contacter Ali : 0475/82.28.96

ou ali-hirondelles@hotmail.com.

Pour contacter Natagora : 04/250.95.90.

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