Les sans-papiers délogés, brièvement à l’ancien Soir
KUCZKIEWICZ,JUREK
Samedi 16 mai 2009
Le tour du bloc vers l’entrée principale de la Rue Royale étant vite fait, il n ’y avait plus de doute : un calicot posé contre le mur, et un attroupement sur le trottoir laissaient deviner que les sans-papiers délogés ce samedi matin du Foyer bruxellois, avaient jeté leur dévolu sur le très grand bâtiment qui abrita Rossel depuis les années 30.
Accueillant un premier visiteur qui leur apprend qu’ils s’apprêtent à investir notre ancien siège, quelques interlocuteurs rient, un peu gênés, puis montrent le chemin en lançant « Alors bienvenue chez vous ! » Dans le hall obscur, plusieurs dizaines d’hommes, et quelques grands sacs contenant du linge épars çà et là. Et visiblement, une circulation déjà intense dans l’immeuble...
Mohamed, l’un des porte-parole, explique : « Ce matin, après nous être fait déloger par la police, nous nous étions d’abord rendus vers un bâtiment abandonné à côté de la porte de Hal. Mais la police s’y trouvait déjà, visiblement informée de notre intention. Nous sommes donc venus ici, rue Royale. » Comment savaient-ils que ce bâtiment était « disponible » ? « Nous savons, tout simplement : nous cherchons tout le temps, il faut bien que nous logions quelque part, nous repérons constamment des lieux possibles. »
« Mais vous devriez être prudents, avertissons-nous les squatters, il y a de l’amiante dans le bâtiment. » Sur ce , les mines s’allongent. Et alors que nous entamons une conversation avec Alex, un représentant de l’UDEP, une association d’aide aux sans-papiers, la foule entame un reflux vers la sortie de l’immeuble. Explication d’Alex : « C’est inutile que nous restions ici s’il y a de l’amiante. Car des problèmes de sécurité physique constituent un motif suffisant pour que la police nous en déloge sur le champ. Tandis que dans le cas d’un bâtiment qui ne présente pas de danger, les forces de l’ordre ne peuvent rien faire sans s’adresser d’abord au propriétaire : dans ce cas-là, dès que nous sommes dans l’immeuble, la procédure prend un certain temps, et nous pouvons nous installer. »
Et le groupe de se mettre en branle. Vers où ? « On ne le vous dira pas avant d’y être », répond dans un demi-sourire Alex.
Le squat n’aura pas duré longtemps. Pas assez même pour appeler le photographe de garde de la rédaction, afin d’immortaliser l’occupation de l’ancien immeuble du Soir...
