Bruxelles gratte le ciel

ROBERT,FRANCOIS; QUOISTIAUX,GILLES

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Vendredi 22 mai 2009

Bien sûr, Bruxelles, ce n’est pas Manhattan. Ni Dubaï, où la tour la plus haute du monde (environ 800 mètres de haut) est en cours de construction. Et encore moins Jeddah, en Arabie Saoudite, où un projet titanesque, sorti de l’imagination fertile du richissime prince saoudien Al-Waleed bin Talal, vise à dépasser le kilomètre, histoire de faire pointer sa Mile High Tower à… 1.600 mètres de hauteur !

Plus raisonnable, la tour la plus haute de la capitale de l’Europe, la Tour du Midi, se contente de 150 petits mètres. Presque un gabarit de Lilliputien comparé aux projets démesurés concoctés à l’étranger. Ce qui n’empêche pas d’observer une certaine évolution des mentalités en métropole bruxelloise. Après une longue période de frilosité, voire de rejet complet à l’égard des gratte-ciel, les autorités semblent mûres pour intégrer des tours dans le paysage urbain. Ces temps-ci, les annonces de nouvelles constructions verticales se succèdent.

Dernier en date : un immeuble de 99 mètres de haut projeté à Sainctelette, à Molenbeek, en bordure du canal. Quasiment en face de la future tour Premium, qui devrait s’élancer dans les prochaines années à une hauteur appréciable de 140 mètres. Signe des temps, les deux projets font la part belle à la mixité des fonctions, intégrant logements, commerces et bureaux, comme une gigantesque tranche milanaise.

Une tentative intéressante pour tenter de sortir du cliché de la tour fourmilière en journée, qui se transforme le soir en désert sinistre, en même temps que son quartier environnant. Souvent critiqué, le quartier européen pourrait bientôt afficher un visage plus mixte et plus… aérien grâce au projet urbanistique primé en mars dernier. Qui prévoit pas moins de cinq nouvelles tours, le doublement de la surface de bureaux et la construction de 110.000 m2 de logements.

Georges Binder, alias « M. Tours »

Faut-il construire des tours à Bruxelles ?

Le critère le plus rationnel pour construire une tour est la densité (le nombre de m2 divisé par la surface du terrain) qu’elle apporte, en fonction de la cherté du terrain. Ainsi, la tour Dexia se justifie, avec un ratio de 20. Ce qui n’est pas le cas de la Cité administrative dont le ratio très faible n’est que de 3,72. Une fois démontré que certaines tours apportent la densité, il reste à voir l’utilité de densifier la ville. Les tours se justifient près de nœuds de communication (gare du Nord et gare du Midi), car elles s’inscrivent dans une approche urbaine qui permet de diminuer les flux des navetteurs.

Tour et environnement sont-ils conciliables ?

En Europe et à Bruxelles en particulier, on a diabolisé les tours vues comme l’antithèse du mouvement écologique. Aujourd’hui, la vision est plus nuancée. Est-il plus écologique de construire chacun sa maison passive en Brabant wallon sur un terrain de 450 m2 que d’ériger une tour de 42 niveaux accueillant 250 foyers ? Une tour en ville permet d’économiser des trajets en voiture. Mais il faut mettre en balance qu’une tour par divers aspects (les ascenseurs) consomme plus qu’un immeuble bas.

Faut-il des tours mixtes ?

Les tours mixtes (bureaux, logement, etc.) représentent 15 % du total des gratte-ciel dans le monde. Elles sont en forte progression. Quant à la mixité sociale, on note que la hauteur engendre des charges supplémentaires à supporter par les habitants, ce qui pourrait exclure les bas revenus. Mais dans une tour résidentielle comme la tour Helena à New York, les étages inférieurs sont réservés à du logement conventionné. De tours qui réalisent la mixité sociale existent.

Madou

Elancée et épurée, la tour Madou est peut-être le plus réussi des gratte-ciel bruxellois, grâce à une rénovation audacieuse. Son sommet constitue en outre le point culminant de l’agglomération.

Chrysler

La plus belle tour de Bruxelles n’existe pas. Ou plus exactement, elle reste à venir. De par le monde, une vingtaine de gratte-ciel suscitent l’admiration comme le célèbre Chrysler Building (Art Déco) achevé à New York en 1930.

Covent

Le Covent Garden (2005) est l’une des tours les plus écologiques de Bruxelles, grâce à son système de récupération d’eau. Elle a annoncé l’apparition d’une nouvelle génération de bâtiments de bureaux peu énergivores.

Stevens

La plus moche

La tour Stevens, en dessous du Sablon, personnifie le sacrilège architectural. Sa construction, en 1965, impliqua la démolition de la célèbre « maison du peuple », icône de l’Art nouveau signée Horta. Un crime resté impuni.

La plus écolo

La plus réussie

Pas de résultats.