Reine Elisabeth : Lorenzo Gatto, libertaire

MARTIN,SERGE

Mardi 26 mai 2009

Il est des œuvres où la musique se révèle au-delà des apparences. Artiste créateur, Lorenzo Gatto (Belgique, 22 ans) a articulé son programme autour du principe de la découverte révélatrice.

Parcourue par les allusions populaires, la 3e sonate d’Enescu les utilise en les intégrant dans un cadre formel. Nostalgie rêveuse, impulsions dansantes, envolées presque tziganes, le « moderato malinconico » révèle un violon qui chante avec une fraicheur inspirée. Dans le mouvement lent, il cultive l’étrange et introduit un propos nimbé de mystère. La danse reprend ses droits dans un finale virevoltant où abondent les malicieux traits virtuoses.

Le ton libertaire de Gatto offre un relief inédit à l’imposé. Sous ses doigts, « Agens » cesse d’être une démonstration fastidieuse pour devenir une promenade vivifiante d’un violon qui traverse avec plaisir les atmosphères raréfiées de l’orchestre. Il lance des impulsions, les commente et continue son chemin en quête de nouvelles suscitations.

C’est chez Bellini et Rossini que Paganini va pêcher l’inspiration de son 1er concerto. Autorité de l’attaque, délicieux mezza voce des contrechants, cascades d’ornements qui jouent avec la virtuosité de la « colorature ». Cette musique scintillante devient sous l’archet de notre compatriote tout autre chose qu’une expérience pyrotechnique. Elle génère des couleurs, s’adonne à une volubilité sidérante. La sublimation d’un genre permet à Gatto d’imposer un processus recréateur. Le violon rayonne et stimule dans l’« allegro maestoso », il émeut et transporte dans l’« adagio espressivo », il sautille et émoustille dans le finale. Merci l’artiste !

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