Reine Elisabeth : raffiné Chen Jiafeng, Ilian Gârnet solide et sérieux

MARTIN,SERGE

Jeudi 28 mai 2009

Mercredi soir Chen Jiafeng (Chine, 22 ans) est un peintre des sons. Très complète, sa palette lui permet de créer les atmosphères les plus fines et de mettre une œuvre en condition. Ilian Gârnet (Moldavie, 25 ans) est un musicien sérieux et solide qui sait fort bien où il va et se donne les moyens d’y arriver.

C’est ce que l’on ressent dans la légèreté funambulesque du début de la sonate de Ravel. On retrouve la même subtilité dans l’abandon nostalgique qui sous-tend la dégaine du blues et laisse ensuite se développer une fascination qui monte graduellement vers la frénésie. Même souplesse encore dans l’agilité tourbillonnante du mouvement perpétuel dominé par un insatiable effet de répétition. Dès le début de l’imposé, on est frappé par une incroyable variété d’attaques qui jouent délibérément la carte de la disparité de la partition avec son côté de boîte à outils musicale. Chen distille ensuite une série de sollicitations que, délibérément, il ne cherche pas à unifier, préférant les répartir dans la complexité d’une géographie sonore. C’est une autre facette de son talent que le Chinois nous réserve dans le concerto de Tchaïkovski dont il assume pleinement, sans jamais le susciter abusivement, le lyrisme typiquement slave. Dans l’« allegro moderato », son jeu se fait plus direct, plus franc, tout en se réservant quelques belles envolées savamment dosées ; on retrouve toute sa pudeur sensible dans une « canzonetta » qui s’impose avec beaucoup de naturel. Dans le finale « allegro vivacissimo », le soliste résiste à la sauvagerie déferlante d’un orchestre que Varga agite inutilement. Et parvient à conserver tout au long de l’assaut une saine beauté

sonore réconfortante. Marque d’un authentique musicien.

Ilian Gârnet (Moldavie, 25 ans) est un musicien sérieux et solide qui sait fort bien où il va et se donne les moyens d’y arriver. En demi-finales, il avait imposé une liberté rhapsodique qu’on n’a pas toujours retrouvée dans le sérieux concentré de sa prestation de mercredi soir. C’est sans doute pour cette raison qu’il ne semble pas avoir trouvé la clé de l’imposé où il joue la carte de la sécurité, balise le parcours, assumant les défis mais se refusant les études de timbres que d’autres concurrents ont pu y trouver. Pour un résultat assez terne et peu impliqué. En dépit de légers problèmes d’intonation, sa prestation avait pourtant bien commencé avec la 3e sonate de Brahms. Il revêt le premier mouvement de couleurs automnales et le construit selon de belles gradations donnant à la partition tout son poids. Beaucoup de retenue et de concentration dans le lyrisme intime de l’Adagio, un côté félin dans les déhanchements du scherzo, une énergie déterminée qui mêle tout au long du finale zones d’ombres et impulsions franches : ce Brahms-ci est un mélange de ferveur et d’énergie sans excès. Son ler concerto de Chostakovitch est plus retenu que celui de Choi lundi. Il laisse insensiblement monter la tension dans le Nocturne qui baigne dans un climat de noire détresse. Fermement cadencé, le scherzo prend des allures rhapsodiques. Le lyrisme se

fait encore plus désespéré dans la Passacaille. Un climat de désolation solitaire ouvre la grande cadence, ensuite conduite vers un Burlesque devenant ronde obsessionnelle. L’ensemble ne manquant pas de cohérence.

Pas de résultats.