L’imposé, fascinant et redoutable

MARTIN,SERGE; FRICHE,MICHELE

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Jeudi 28 mai 2009

Concours Reine Elisabeth « Agens »

Un violon souvent âpre, traversé de quelques échappées lyriques dans une tension presque menaçante avec l’orchestre peu traité dans sa masse mais fragmenté en petites touches, ou en tapis murmurant, avec un important instrumentarium de percussions : ainsi peut se dévoiler Agens, mêlant épisodes récitatifs et rythmiques, avec en son centre une cadence. L’articulation de sa construction, en arche, semble jouer des sursauts/détentes avant de s’éteindre dans le presque inaudible.

Agens, titre de ce mouvement concertant imposé, vient du verbe latin « agir ». Mais surtout, selon sa compositrice coréenne Eun-Hwa Cho (première femme, rappelons-le, à remporter le concours de composition lié à chaque session de piano et de violon), il se réfère à la philosophie de saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle). Le théologien distinguait deux intellects, l’un concepteur, que l’on peut assimiler à l’acte d’écriture de la composition, l’autre « agissant », celui de l’interprète qui lui donne vie.

Le moins qu’on puisse dire c’est que cette vie à lui insuffler s’avère redoutable ! La main caracole sur le manche, par sauts d’intervalles très distendus. Eun-Hwa Cho ne renie pas la difficulté de son œuvre, mais fait confiance à l’imagination des jeunes violonistes pour franchir les obstacles, dont des doigtés réputés impossibles ! Mais elle le reconnaît, « une seule semaine de travail, c’est peu pour Agens ». Quoi qu’il en soit, dès sa deuxième interprétation, la partition exerce une certaine fascination, par son mouvement sans fin d’une folle virtuosité. Une belle matière à investir !

Mercredi soir : d’abord Chen Jiafeng, raffiné…

Chen Jiafeng (Chine, 22 ans) est un peintre des sons. Très complète, sa palette lui permet de créer les atmosphères les plus fines et de mettre une œuvre en condition.

C’est ce que l’on ressent dans la légèreté funambulesque du début de la sonate de Ravel. On retrouve la même subtilité dans l’abandon nostalgique qui sous-tend la dégaine du blues et laisse ensuite se développer une fascination qui monte graduellement vers la frénésie. Même souplesse encore dans l’agilité tourbillonnante du mouvement perpétuel dominé par un insatiable effet de répétition. Dès le début de l’imposé, on est frappé par une incroyable variété d’attaques qui jouent délibérément la carte de la disparité de la partition avec son côté de boîte à outils musicale. Chen distille ensuite une série de sollicitations que, délibérément, il ne cherche pas à unifier, préférant les répartir dans la complexité d’une géographie sonore. C’est une autre facette de son talent que le Chinois nous réserve dans le concerto de Tchaïkovski dont il assume pleinement, sans jamais le susciter abusivement, le lyrisme typiquement slave. Dans l’« allegro moderato », son jeu se fait plus direct, plus franc, tout en se réservant quelques belles envolées savamment dosées ; on retrouve toute sa pudeur sensible dans une « canzonetta » qui s’impose avec beaucoup de naturel. Dans le finale « allegro vivacissimo », le soliste résiste à la sauvagerie déferlante d’un orchestre que Varga agite inutilement. Et parvient à conserver tout au long de l’assaut une saine beauté sonore

réconfortante. Marque d’un authentique musicien.

... puis un Ilian Gârnet solide et sérieux

Ilian Gârnet (Moldavie, 25 ans) est un musicien sérieux et solide qui sait fort bien où il va et se donne les moyens d’y arriver. En demi-finales, il avait imposé une liberté rhapsodique qu’on n’a pas toujours retrouvée dans le sérieux concentré de sa prestation de mercredi soir. C’est sans doute pour cette raison qu’il ne semble pas avoir trouvé la clé de l’imposé où il joue la carte de la sécurité, balise le parcours, assumant les défis mais se refusant les études de timbres que d’autres concurrents ont pu y trouver. Pour un résultat assez terne et peu impliqué. En dépit de légers problèmes d’intonation, sa prestation avait pourtant bien commencé avec la 3e sonate de Brahms. Il revêt le premier mouvement de couleurs automnales et le construit selon de belles gradations donnant à la partition tout son poids. Beaucoup de retenue et de concentration dans le lyrisme intime de l’Adagio, un côté félin dans les déhanchements du scherzo, une énergie déterminée qui mêle tout au long du finale zones d’ombres et impulsions franches : ce Brahms-ci est un mélange de ferveur et d’énergie sans excès. Son ler concerto de Chostakovitch est plus retenu que celui de Choi lundi. Il laisse insensiblement monter la tension dans le Nocturne qui baigne dans un climat de noire détresse. Fermement cadencé, le scherzo prend des allures rhapsodiques. Le

lyrisme se fait encore plus désespéré dans la Passacaille. Un climat de désolation solitaire ouvre la grande cadence, ensuite conduite vers un Burlesque devenant ronde obsessionnelle. L’ensemble ne manquant pas de cohérence.

Pas de résultats.