Pas de quartier pour les pauvres
VOOGT,FABRICE
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Jeudi 28 mai 2009
Urbanisme Gwenaël Breës revient dans un livre sur la saga de Bruxelles-Midi
Un projet qui, selon le journaliste Gwenaël Breës, ressemble, sous certains aspects, à un pitoyable remake du quartier Nord, en plus petit. Lui-même habitant du quartier durant plusieurs années, il nous livre, à travers son ouvrage Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle, une critique acerbe de la manière dont les pouvoirs publics ont orchestré « l’un des plus grands fiascos urbanistiques de ces vingt dernières années », menant « une guerre d’usure contre les habitants ».
Il est surtout lié aux 20 ans de la Région bruxelloise. L’histoire racontée dans ce livre commence en 1989 et la création de la Région, à ce moment-là, y joue un rôle prépondérant. Il est important de garder une mémoire de ce qui s’est passé et ne pas laisser nos politiques pavoiser quand, dans les mois prochains, ils inaugureront un hôtel ou des bureaux, sans rappeler la catastrophe sociale que cela a généré, souvent dans l’indifférence des médias.
Oui. On s’est attaqué à une population fragile, en grande partie une population immigrée, qui éprouve des difficultés à connaître ses droits et à les faire valoir. On n’aurait pas osé mettre le même type de dispositif en place à Uccle ou à Watermael-Boitsfort.
J’aborde aussi les questions juridiques, comme le nœud du problème dans ce dossier, à savoir la loi, inique, de 1962 sur les expropriations d’utilité publique et d’extrême urgence. Elle suspend des droits constitutionnels et est tellement peu réglementée qu’elle autorise toutes les dérives.
Elles ont voulu mener un projet, sans en avoir les moyens, en spéculant que l’arrivée du TGV allait aiguiser l’appétit des promoteurs, générer de la plus-value et puis des charges d’urbanisme. La Région a privatisé le développement urbanistique du quartier en le confiant à une société anonyme, la SA Bruxelles-Midi, sans la doter de moyens pour le réaliser.
Pour quelqu’un qui se dit de gauche et
Oui. Charles Picqué et son entourage veulent être les maîtres de la dialectique et n’assument pas leurs responsabilités. Ils définissent ce qui est bon ou mauvais, qui est un spéculateur et qui ne l’est pas, qui est légitime ou pas.
A qui vont bénéficier les rentrées financières (charges d’urbanisme, taxes bureaux…) ? À la commune de Saint-Gilles. Dès le départ, c’est une opération communale, qui est menée, à la Région, par le bourgmestre empêché de la commune. Ce n’est pas une opération d’intérêt régional. Il y a déjà, alors, surabondance de bureaux sur le territoire de la Région. Si on réfléchit au niveau régional, il n’y a pas de raison de détruire du logement pour construire du bureau pour accueillir des entreprises déjà sur le territoire de la Région. La confusion des pouvoirs est au cœur de cette histoire.
C’est étonnant : Jean Thomas est alors dans le consortium de promoteurs avec lequel Charles Picqué se dispute. Mais, à côté de la zone d’expropriation, le même Jean Thomas mène un projet, tout seul, et s’empare de 45 maisons en 7 ans sur un îlot d’habitat. La commune et la Région vont le récompenser en transformant l’affectation de l’îlot. Dans ce PPAS, le Fonsny II, dit de protection de l’habitat, on prévoit un îlot pour du bureau en disant qu’il va permettre de « protéger le reste de la zone du bureau « . C’est d’autant plus troublant que, à l’époque, le financement de partis est encore légal et que Jean Thomas ne cache pas ses sympathies pour le PS – il a d’ailleurs figuré sur les listes. Certains, au parlement et à la commune de Saint-Gilles, ont parlé de délit d’initié.
