Reine Elisabeth : Park Ji-Yoon n’avait rien à faire là

MARTIN,SERGE

Vendredi 29 mai 2009

Jeudi Depuis le début des finales, les prestations des concurrents ont comporté de beaux (beaucoup) et de moins beaux (beaucoup moins) moments. La prestation de Park Ji-Yoon (Corée, 23 ans) est, elle, univoquement laide. Mayu Kishima, elle, nous a fait renouer avec la magie du concert.

Le jeu acidulé de la candidate coréenne ne nous avait pas du tout convaincu dans son concerto de Mozart des demi-finales. Force est de reconnaître que les choses ne se sont pas améliorées ce jeudi soir. La lecture linéaire de la sonate de Ravel, privée des raffinements qu’y déployait hier Chen Jiafeng, confirme cette impression. Cette placidité apparente dissimule pourtant un tempérament vindicatif qui explose dans la partie animée de l’« allegretto », bouscule le blues avec une force percutante et se fait insistant et tendu dans le finale qui cherche sa voie. Au-delà d’une sonorité peu élégante, l’interprétation pêche aussi par un manque de logique comme si de petits moments exagérément suscités se succédaient dans un désordre aléatoire.

La fermeté intransigeante de la candidate envahit un imposé mené à l’arraché. Cinglante, mordante, l’œuvre y perd l’essentiel de sa poésie pour ne plus être qu’une inutile démonstration acrobatique.

Les choses ne s’arrangent pas dans le concerto de Tchaïkovski dont l’ « allegro moderato » frise l’agression. Sonorités aigres, jeu saccadé, notes écrasées : l’effet est aussi spectaculaire que déplaisant. Des accents grinçants défigurent la « canzonetta » de sa saveur mélodique et aboutissent à un final sinistrement débraillé.

Une prestation qui fait tache face à l’excellent niveau du concours cette année.

La magie du concert

Il est parfois dans un concours un moment où la compétition semble devoir s’arrêter pour nous réintroduire dans la magie du concert. C’est à cet événement que nous a convié Mayu Kishima. Voilà assurément un superbe tempérament de musicienne, chez qui la maîtrise technique se veut porteuse de sens. Elle n’hésite pas pour cela à aller jusqu’au cœur d’une partition, magnifiant la sonorité sublime de son Stradivarius. Une dose d’anxiété, une plongée introspective, un ton réfléchi, l’« andante » initial récupère toute l’angoisse poignante de la première sonate de Prokofiev. L’humour grimaçant de l’ « allegro brusco » n’en recèle pas moins de beaux moments de lyrisme. Belle atmosphère lunaire toute en demi-teintes d’un second « andante «, bonheur revigorant d’un « allegrissimo » exultant : la candidate japonaise termine avec un panache fou une interprétation sans faille.

Dès le début, « Agens » affiche une variété d’accents qui donnent du relief à un discours qui ne se départit jamais d’une ligne solidement élaborée et génère une énergie stimulante. Son imposé semble vouloir nous révéler une foule d’idées inouïes.

Cette élève de Zakhar Bron nous offre la lecture ample et noble du concerto de Brahms que nous attendions mardi de Noah Bendix-Balgley. Un chant irrésistiblement chaleureux, nuancé, dopé par un esprit de conquête mais tout autant capable de la rêverie la plus tendre. On admire la dignité du chant de l’ « andante » ou l’énergie dévorante du finale. Un grand moment de bonheur qui fixe désormais très haut la barre de cette épreuve finale.

Pas de résultats.