Dans l’ombre de Peter Pan
COUVREUR,DANIEL
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Vendredi 29 mai 2009
L’elfologue ardennais Pierre Dubois et le dessinateur toulousain
Xavier Fourquemin capturent la magie de la fée Clochette.
entretien
La légende du Changeling est une féerie de bande dessinée envoûtée par les mots et les esprits de la nature. Le Changeling est un être frêle aux grands yeux magiques, capable de se dresser contre les briseurs de rêves. Dans les bas-fonds de Londres, au siècle de Dickens, il veut croire aux fées. Nous aussi !
Dans Changeling, le texte insuffle sa magie dans l’image. La qualité de l’écriture est souvent négligée dans la bande dessinée. Vous en jouez pour ouvrir des portes supplémentaires vers le pays imaginaire ?
Pierre : On me reproche parfois de trop « écrire » des histoires mais la saveur des mots est importante. Les mots sont les abraxas du rêve. J’aime créer un climat avec les mots. Même si parfois, ça peut rebuter.
Xavier : Pierre écrit ses descriptions comme un roman. C’est enrichissant pour le dessinateur. Sa manière d’écrire la bande dessinée n’appartient qu’à lui.
Cette série est un chaudron des légendes de la terre. Quelles sont les clés de la mythologie du Changeling ?
Pierre : Je m’inspire des divinités anciennes qui savaient pourquoi le soleil part en hiver, des fées, des lutins, plus proches du petit peuple… Avec tout cela, je crée ma propre cosmogonie en y mettant le souffle de Charles Dickens, Robert Stevenson ou Jean Ray…
Le Londres du Changeling résonne des images d’Oliver Twist et de Peter Pan…
Pierre : Il doit aussi beaucoup aux mystères de Jean Ray, de balades sur les traces de Jack l’éventreur, sur les quais où les corps des pirates étaient trempés dans la Tamise pour être lavés de leurs péchés. Peter Pan a réveillé la conscience de la société victorienne face à la misère populaire. C’est l’âme et l’émotion retrouvées. Il a perdu son ombre. Mon personnage, le Changeling, est mené par son ombre. Il voit des petites lumières qui sont peut-être des lueurs de fées. C’est la dimension merveilleuse du récit qui fait oublier la réalité sordide. Peter Pan, c’est aussi celui la force de l’innocence, du brin d’herbe contre l’asphalte.
Xavier : Ces rues sombres dans le brouillard, cela fait longtemps qu’elles me travaillaient. J’aime la boue, les flaques d’eau… Ce n’est pas un Londres réaliste. Je ne suis pas là pour faire de la photo dessinée ! La BD esquisse des pistes en laissant aux gens le soin de les compléter pour forger leur propre univers.
Si le fantastique est très présent dans le Changeling, certains faits sont bien réels, comme le massacre de 1887, où Sir Charles Warren a tiré sur les « joues creuses » pour les empêcher d’envahir les beaux quartiers. A quelles fins utilisez-vous l’histoire ?
Pierre : On peut lire le dimanche sanglant de 1887 comme l’assassinat de l’utopie. Warren était un imbécile, désigné chef de la police parce qu’il avait mâté une révolte bantoue et portait beau ! Il a vu des primitifs sortir des taudis de Londres et il a ordonné de tirer. Ce fait historique me sert à allumer des petites lucioles d’espoir dans la tête du lecteur qui se donnera la peine de réfléchir.