Reine Elisabeth : Kim Suyoen, incertaine, Yoon Soyoung, décidée
MARTIN,SERGE
Samedi 30 mai 2009
De tous les concurrents, Kum Suyoen (21 ans) est probablement celle qui tisse le plus beau dialogue avec l’orchestre dans « Agens ». Beaucoup de dynamique, des attaques très tranchées, des impulsions déterminées, la candidate se saisit du concerto imposé avec une belle énergie tout en s’y réservant de délicieux instants de rêverie. On est d’autant plus intéressé qu’auparavant elle nous a offert une lecture très raffinée de la sonate de Debussy où elle cultive un beau sens de l’esquisse : fugitive, fugace et en même très affirmée dans chacune des sections comme si l’imprévisibilité provenait de l’opposition de climats variés. Dans l’« intermède », c’est une fois de plus la diversité qui crée la magie comme le montre encore un finale où fluidité et vélocité se conjuguent pour susciter l’étrangeté.
On attendait donc beaucoup de son concerto de Beethoven. Force est de reconnaître que la déception est réelle. Tout d’abord parce que la violoniste coréenne a souffert de problèmes de justesse qui ont rompu le charme d’une vision pourtant sobre et grave de l’« allegro non troppo » initial. Les choses s’améliorent dans un « larghetto » central chanté avec une noblesse et une ferveur presque religieuse. Le rondo qui s’y enchaîne est attaqué avec une légèreté primesautière réconfortante. Hélas une fois de plus des problèmes de justesse vont venir rompre un plaisir dont on a peur qu’il ne soit perturbé. Effet de stress, insécurité soudaine face à l’importance de l’enjeu : cette question reste ouverte. La prestation n’en reste pas moins globalement en deçà du niveau espéré de cette belle artiste.
Après des études en Corée et à Cologne et un perfectionnement auprès de Zakhar Bron, Yoon Soyoung (24 ans) a ensuite entamé un parcours des grands concours (Yehudi Menuhin, Tibor Varga, David Oistrakh et Tchaïkovski). Ses prestations en demi-finales avaient laissé l’image d’une musicienne de bon goût. Elle a délibérément forcé le ton lors de l’épreuve finale. On s’en rend compte dès l’attaque de la sonate de Franck où le ton semble un peu forcé. Un début incertain suivi par un « allegro » d’une voracité déchirée, un mouvement lent au large jeu rhétorique, un finale insistant : l’œuvre baigne dans un climat franchement passionné mais qui ne convainc pas complètement à force d’être trop appuyé.
Dans l’imposé, la candidate coréenne joue à fond la carte acrobatique. Le violon mène le jeu avec ténacité, va droit son chemin, peu soucieux d’établir, à l’instar de sa compatriote deux heures avant, un réel dialogue avec un orchestre, resté fort distancié comme si ces deux entités, soliste et orchestre, s’activaient dans des mondes différents.
Le meilleur moment de cette prestation restera le concerto de Brahms dont Yoon Soyoung attaque avec franchise l’entrée du violon pour développer le reste de cet « allegro non troppo » dans un climat de bravoure qui a parfois ses limites au niveau expressif. On prend plaisir à déguster le lyrisme concentré de l’« adagio » et à s’engouffrer dans la fougue emballante du finale.
Des interprétations honnêtes et sincères qui frappent par leur sincérité et leur enthousiasme, sans jamais vraiment atteindre le grand frisson.
