Les conclusions des Etats généraux font peser une menace sur la Région bruxelloise
n.c.
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Jeudi 4 juin 2009
Carte blanche
Le discours des organisateurs contient une critique constante de la Région et de ses mandataires, qui a culminé le 25 avril lors de la séance de clôture dans le discours d’Alain Deneef sur le thème « il est moins cinq, il y a le feu à Bruxelles », « les élus de demain devront agir pour que la Région-capitale ne se mette pas dans une situation hors contrôle » (Le Soir du 25 avril 2009). Des institutions bruxelloises, on ne souligne que la complexité (voulue par les deux communautés), le manque de cohérence, l’inefficacité, les coûts… ce qui fait désordre de la part de Bruxellois, pendant la célébration des 20 ans de la Région. En martelant que la Région est mal gérée, n’apporte-t-on pas avec inconscience du bois au feu d’une opinion flamande, qui, convaincue des mêmes analyses par sa propre presse, est hostile à Bruxelles et oublie que la Région et les communes sont de plus en plus gérées par des fonctionnaires néerlandophones n’habitant bien souvent pas le territoire qu’ils administrent !
Y aurait-il une convergence de projets entre une certaine catégorie de francophones et cette opinion flamande ? Oui, quand on examine la portée d’une revendication centrale de ces États dits généraux : la création sous une forme indéterminée d’une « communauté » urbaine. Or, qu’on le veuille ou non, cette « métropolisation » accroîtra le poids de la Région flamande sur Bruxelles. Mais cela, ils feignent de ne pas le voir, ou plutôt s’en réjouissent, car la Région de Bruxelles-Capitale ne les intéresse pas (ou plus) : seule la périphérie les fascine parce qu’elle leur paraît plus « attractive ». Du coup, ils mettent en avant que Bruxelles est une ville et non une vraie Région, au sens d’une institution autonome. Thèse défendue par la Flandre depuis des lustres.
Les conclusions desdits États généraux : « Partager notre passion pour la ville » sont révélatrices. Le mot « ville » comme synonyme de « métropole » apparaît à toutes les pages, souvent plusieurs fois. La « Région » est citée quelques fois mais comme espace géographique, non comme institution, sauf dans un rôle de coordination, par exemple, et en aucun cas dans les titres de chapitre. Le concept de « ville-Région » est lui quasi absent.
Que révèle, au plan politique, cette comptabilité sémantique ? Utiliser le mot « ville » comme synonyme de « métropole » c’est désigner un territoire qui dépasse les limites régionales. Et comme on ne peut pas modifier les limites régionales, alors on opte pour une ville gérée par une institution qui, n’ayant plus la relative autonomie d’une institution fédérée au sein de l’État belge, peut être placée sous tutelle de ce même État ou des deux « Communautés ». Car, il s’agit de « repenser l’aménagement du territoire et la répartition des fonctions (…) à l’échelle de la région bruxelloise, mais aussi de sa zone métropolitaine, en partenariat de confiance (sic) avec les deux autres Régions ».
Cette opposition « ville et Région » est clairement une thèse soutenue par l’opinion courante en Flandre, la presse et les partis du nord. On veut bien reconnaître des problèmes spécifiques aux grandes villes, mais pas d’avantage.
L’adhésion à cette position par des francophones étonne. Naïveté à penser la politique autrement que comme un débat d’idées désincarné, aveugle devant les rapports de force présents dans et autour de Bruxelles ? Crainte d’affronter la réalité de ces rapports de force entre acteurs institutionnels ? Déception ou indifférence engendrées par les responsables politiques eux-mêmes qui ne valorisent pas les institutions qu’ils sont supposés incarner ?
Les chapitres de conclusions ne dessinent pas des perspectives originales. Sauf peut-être en matière d’enseignement : la bourgeoisie francophone veut se placer en meilleure position sur le marché de l’emploi par un enseignement plurilingue. Peu importe que cet enseignement élitiste largue les enfants issus des classes populaires ou de l’immigration. Les enjeux réels pour les Bruxellois sont passés sous un quasi-silence : l’extension du métro (et ses coûts), le cumul des mandats, la soumission aux besoins des deux autres Régions…
À force d’évacuer tout ce qui pouvait faire conflit avec certains Flamands de Bruxelles, les États généraux aboutissent à des perspectives politiques qui affaiblissent in fine la Région bruxelloise en tant que troisième Région. Une telle perspective est loin de satisfaire l’ensemble de la société civile organisée, elle n’enthousiasme pas tous les Bruxellois néerlandophones et encore moins l’opinion publique francophone, comme l’ont montré les réactions postées sur les sites Internet des journaux.
Car c’est la Région qui produira cette ville désirée par nous. C’est pour cette raison que la Région de Bruxelles doit absolument participer en tant que telle aux débats institutionnels et en être un acteur décisif. L’ARAU appelle à manifester cette exigence lors du Rassemblement des Bruxellois le samedi 6 juin à 11 heures, place de la Bourse sous un slogan unique « Je suis un million ».
