Les âmes artistes du petit cabaret

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

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Vendredi 5 juin 2009

Francis Berthelot est devenu un personnage indispensable à ce petit monde qui gravite autour de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique et assimilés. Cet homme sympathique au visage orné d’une barbiche amène est aussi un des penseurs du genre, qu’il explore depuis plusieurs années, sur le plan des thèmes, des styles et des transfictions. Et, de plus, il écrit.

Tellement bien qu’il a déjà obtenu quatre Grands Prix de l’Imaginaire, il est d’ailleurs le seul dans ce cas. Mais avec assez de modestie cependant : Berthelot ne se prend pas pour une star. Il pourrait : sa série littéraire baptisée Le rêve du démiurge est une formidable fresque humaine, sensible et dotée d’un imaginaire puissant. Le petit cabaret des morts est le septième volume de cette fresque qui en comptera neuf, mais il peut tout à fait être lu indépendamment des autres, même si on retrouve des personnages de l’épisode précédent, Hadès Palace.

Ce Cabaret est d’abord une surprise. On ne sait jamais où Berthelot va mener son lecteur. « J’ai tellement changé de voie qu’on ne peut plus me mettre d’étiquette du tout, nous dit-il quand on l’a rencontré au festival Imaginales d’Epinal. Mon premier roman (Rivage des intouchables) était du space-opéra, puis j’ai fait de la fantasy, de la psychofiction, j’ai abordé la littérature générale et le quasi-réalisme. On ne peut plus me catégoriser. »

Nous sommes dans le monde réel, à Viervy, dans les Alpes. Tout serait paisible si le Dr Malejour n’avait emprisonné les âmes de certains défunts, les empêchant de gagner une paix méritée. Le sinistre médecin a enfermé Romain Algeiba dans le vivarium qui abrite les âmes. Romain était jaloux : il a vu sa sœur Yorenn dans les bras d’Alvar Cuervos, il s’est suicidé. C’est là que le drame se noue. A l’antique.

Car il y a du Sophocle ou du Eschyle dans ce combat mené entre vivants, entre morts et entre vivants et morts. Avec des personnages forts, comme Alvar. Et des messagers, comme Sendra le fantôme. Et le chœur des morts qui, tout en cancanant dans le vivarium, pose l’action.

Francis Berthelot cisèle son sujet avec une maîtrise de la langue diabolique. Il nous emmène dans un carrousel maléfique qui, à la fois, distille un malaise insidieux et déverse des images d’un romantisme exacerbé. Une réussite.

Un roman d’épouvante ? Non, pas vraiment. « Le roman fantastique utilisait des figures effrayantes comme les fantômes, les morts-vivants, les vampires, précise Francis Berthelot. Du coup, une dérive a consisté à amalgamer fantastique et épouvante. Le champ littéraire peut être défini soit par son contenu soit par l’effet qu’il veut produire sur les lecteurs. Le fantastique, c’est le contenu, la terreur, c’est l’effet. Je ne cherche pas à produire un effet de terreur, ça peut arriver au détour d’une page ou d’un chapitre. Mais ce n’est pas intrinsèque à la démarche. Moi je ne suis même pas sûr que je fais du fantastique. » Le résultat l’est, cependant : fantastique.

Pas de résultats.