La Creg accuse Electrabel d’avoir gonflé ses prix

BELGA

Jeudi 11 juin 2009

La Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) revient à la charge. Elle accuse Electrabel d’avoir artificiellement gonflé ses prix sur le marché des grands volumes d’électricité en n’utilisant pas toutes les capacités de production disponibles. Ce mécanisme lui aurait rapporté « au moins 100 millions d’euros », selon le gendarme énergétique. L’électricien a contesté ces allégations.

En 2007 et au premier semestre 2008, Electrabel a fait des offres d’achats pour de grands volumes d’électricité à un prix très élevé alors qu’au même moment, l’entreprise n’utilisait pas toutes les capacités de production disponibles. Le gendarme du secteur énergétique accuse Electrabel d’avoir gonflé artificiellement ses prix, ce qui lui aurait rapporté « au moins 100 millions d’euros » sur un an.

« Au cours de notre étude, que nous avons entamée d’initiative, nous avons constaté des pics de prix horaires entre fin octobre et décembre 2007 – avec des prix allant jusqu’à 2.500 euros/MWh – ainsi que de fin avril à début mai », a expliqué Dominique Woitrin, directeur du fonctionnement technique des marchés à la Creg. « En entrant dans le détail, ce que nous avons vu, c’est qu’Electrabel avait fait des offres d’achats pour de grands volumes à des prix très élevés alors que, parallèlement, elle n’utilisait pas de la capacité de production disponible », a poursuivi le responsable. « Ces offres indiquaient au marché qu’un acteur était prêt à débourser ces prix élevés, supérieurs au coût marginal de n’importe quelle unité de production », a-t-il ajouté.

Selon la Commission de régulation, l’analyse de toutes les heures de 2007 et du premier semestre 2008 laisse par ailleurs apparaître que cette technique a été « très fréquemment utilisée ». Or, l’absence de pics de prix et l’utilisation de l’ensemble des capacités de production auraient permis de réduire les prix moyens, sur la bourse énergétique Belpex, de 1,21 euro/MWh en 2007 et même de 2,30 euros/MWh au premier semestre de l’année suivante.

Autre constatation de la Creg : il existe en Belgique un « lien étroit » entre les prix « spot » (prix instantanés) et les prix « forward » (prix futurs) qui servent de base à la tarification d’Electrabel. En d’autres mots, en poussant à la hausse les prix spot, l’entreprise aurait par la même occasion influencé sa future tarification, ce qui lui aurait rapporté « au moins 100 millions d’euros » pour l’année 2007, a estimé le régulateur du secteur.

« Nous avons clairement mis le doigt sur un mécanisme de manipulation et de distorsion du marché », a de son côté souligné Bernard Lacrosse, un autre responsable de la Creg, sans pour autant pouvoir affirmer que cette technique contrevient à un quelconque règlement. « Mais nous ne nous arrêterons pas en chemin », a-t-il ajouté en évoquant un suivi « économique et juridique » de l’étude.

Electrabel réfute

Electrabel a fermement contesté jeudi soir les allégations de la Creg. Nous n’avons pas manipulé les prix sur le marché de court terme, indiquait Electrabel jeudi soir dans un communiqué.

Selon la société, la Creg n’a pas tenu compte du fait qu’Electrabel « est contractuellement obligée, tout comme les autres producteurs en Europe, de conserver des capacités de production de réserve pour garantir l’alimentation de ses clients et minimiser le risque de black out ».

Electrabel a indiqué pour sa part jeudi soir que les sommets atteints par les prix de l’électricité sur le marché de court terme fin 2007 « ont représenté une perte financière importante » pour elle. » Pour continuer à alimenter ses clients, Electrabel a dû procéder à des achats d’électricité en bourse, à des prix dépassant largement le prix payé par ses clients. Electrabel a donc de ce fait subi une perte financière », souligne l’entreprise.

Electrabel ajoute que les prix « spots » n’ont aucune influence « ni sur les prix appliqués aux clients résidentiels, ni sur les prix appliqués aux clients industriels, ni sur les prix wholesale, de sorte que cette prétendue manipulation n’est susceptible d’engendrer aucun bénéfice pour Electrabel, au contraire ».

Ces éléments démontrent « clairement » que les accusations de la Creg sont infondées, conclut Electrabel, qui ajoute que les prix élevés sur les marchés de court terme étaient, à ce moment-là, « non le fait de prétendues manipulations d’Electrabel, mais la conséquence directe de l’indisponibilité de certaines centrales suite à des travaux de maintenance et autres problèmes techniques imprévus, de conditions climatiques exceptionnelles entraînant une hausse soudaine et brutale de la consommation et de problèmes similaires et concomitants sur le marché français de l’électricité ».

(belga)

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