Et le PS sauva sa tête…

DELVAUX,BEATRICE

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Mercredi 17 juin 2009

Sauf accident – on ne sait jamais, mieux vaut être prudent –, c’est une tripartite de gauche qui prendra les commandes de l’espace francophone. L’Olivier est à tous les étages. Et donc, le Parti socialiste n’est pas dans l’opposition.

Même Ecolo n’a pas osé, épousant in fine la stratégie de l’électeur : très, très tenté de faire le grand saut, poussant le PS dans le vide et propulsant le MR aux manettes, mais renonçant au bout du compte à passer à l’acte. Tout en se demandant après coup, comme l’électeur, si malgré tout, ils ont bien fait…

Comme si les verts craignaient d’être les héros consentants d’un mauvais remake de la fable de la grenouille et du scorpion. Soit l’histoire d’une grenouille qui propose au scorpion de traverser la rivière sur son dos. Au milieu du gué, le scorpion la pique mortellement en lui lançant avec des yeux langoureux : « Excuse-moi, c’est plus fort que moi ! »

Se retrouver dilué dans la machine de pouvoir socialiste ? Gouverner étouffé sous la succession des affaires ? Le péril encouru par le CDH, et qui a failli lui coûter cher aux élections, menace-t-il Ecolo ?

Bon, soyons justes tout d’abord. Il serait faux de réduire cet Olivier en devenir à cette seule image d’une alliance périlleuse, déjà minée par les maladies ataviques des partenaires et la tentation de l’irresponsabilité sociale par temps de crise. Les défis pour l’espace francophone sont gigantesques et tant le PS qu’Ecolo ou le CDH en partagent les constats, nourrissent désormais des convictions tirées de l’expérience des faits qui permettront de mener des politiques non coupées des réalités. Ecolo d’aujourd’hui a davantage le sens des réalités économiques et de pouvoir que les verts d’autrefois ; les socialistes wallons, tendance Marcourt et Demotte, ont démontré qu’ils cultivaient le goût des stratégies économiques et pas uniquement celui du clientélisme et de la socialisation à outrance de la décroissance. Et si la coalition de l’Olivier a bien une vertu, c’est celle de la cohérence. Pas d’alliance contre nature, ici.

Mais c’est certain : le succès de l’attelage vaudra au premier chef par la capacité du PS à démontrer qu’il mérite d’avoir échappé à l’échafaud électoral. Et que l’exercice du pouvoir aura pour ce parti insubmersible des vertus proches de la cure d’opposition. Si cette (dernière, on n’ose plus l’écrire…) chance que l’électeur et Ecolo ont accordée au PS et à ses dirigeants n’est pas mise à profit pour régler leurs comptes avec leurs traditionnels démons, l’espace francophone risque de payer très cher cette élection.

C’est pour cela que le PS dans l’Olivier doit renoncer à l’arrogance qui l’habite depuis sa « victoire ». Les socialistes, humiliés lors de la campagne électorale, doivent larguer ce sentiment d’injustice et de revanche à prendre sur ceux qui ont souhaité leur perte.

Primo, parce que l’arrogance n’est jamais une tactique gagnante (l’exemple par le MR). Secundo, parce que cela voudrait dire que le vrai message n’a pas été capté et que le PS est dangereusement aveuglé par son ego : la demande d’éthique, de changement de rapport à l’exercice du pouvoir, en Wallonie notamment, est une véritable exigence citoyenne. La réponse PS ne peut se réduire à un écran de fumée construit le temps d’anesthésier les verts. Or les épisodes ultra-récents de Coëme et De Groeve – dérapages évidents que les intéressés nient sans gêne et sans beaucoup de contradiction – font, à ce titre, froid dans le dos… L’Olivier ? C’est la chance inespérée de Di Rupo. Ce que son comité d’éthique n’a pu réaliser, Ecolo peut y parvenir. Le PS doit utiliser jusqu’à plus soif l’effet de levier éthique des verts et Di Rupo peut habilement se cacher derrière Javaux pour transformer son parti.

Le PS a échappé de justesse au pire. Il serait impardonnable qu’il rate l’occasion de montrer qu’il l’a mérité. Ce n’est pas l’avenir du Parti socialiste qui est en cause ici. C’est celui de toute une région qui ne survivrait pas à un nouvel assaut de malgouvernance. Si l’Olivier, c’est la réforme et le changement, c’est donc au PS au premier titre à le prouver. Les verts ont eux, sur ce chapitre, à ce stade, beaucoup mieux que le bénéfice du doute.

Pas de résultats.