Los Angeles, cité des anges déchus
CAUWE,LUCIE
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Vendredi 19 juin 2009
Le premier livre de l’Américain Richard Lange, le recueil de nouvelles « Dead Boys », coupe le souffle par son écriture et son humanité.
Après l’université et des cours avec T. C. Boyle, Lange a écrit des scénarios et des romans « qui n’intéressaient personne ». A trente ans, il s’est décidé pour les nouvelles, « forme qui me plaisait ». Mais à cause de son travail diurne, c’est très lentement que s’est composé son recueil. Et plus lentement encore qu’il a été publié : le jeune auteur ne l’a pas envoyé simultanément à quelques dizaines d’éditeurs comme cela se fait habituellement. Non, il en adressait patiemment un exemplaire à une maison dont il attendait le refus avant de se tourner vers une autre !
Jusqu’à l’automne 2007 où Dead Boys est sorti aux Etats-Unis et a reçu un accueil chaleureux – « Aujourd’hui, après cinq ans de galère, il y a concordance entre ce que j’aime écrire et ce que les éditeurs aiment publier ». Un succès amplement mérité tant ces douze nouvelles rédigées à la première personne ont le talent de saisir le lecteur et de l’intéresser à des petits destins de rien du tout, celui de paumés du petit matin, dont l’ensemble constitue un bouleversant portrait en creux de la ville de Los Angeles.
« Tous les marginaux arrivent à Los Angeles, poursuit Lange. J’étais un de ces marginaux et c’est pour cela que j’y suis depuis trente ans. C’est une ville particulière, très différente du reste des Etats-Unis. Les gens y arrivent pleins d’espoir à cause de l’industrie du cinéma et du nombre de restaurants. Ils réussissent ou ratent. Il y a deux parties dans cette ville, hispanique à 60 % : West Side, blanche et riche, et East Side, métissée, où je vis et qu’il est très intéressant pour moi d’observer. Chaque autobus avec de nouveaux arrivants me donne du matériau pour écrire. J’utilise Los Angeles comme une toile vierge où les personnages projettent leurs anxiétés, leurs névroses. »
D’une plume magnifique, Richard Lange donne vie à différents personnages, « ceux que j’ai été, ceux que j’aurais pu être, ceux que je connais », qui dépeignent une Los Angeles sombre, de leur point de vue du moins. Tous souhaitent une vie simple, normale, banale, dans le genre travailler, se marier, avoir des enfants, etc. ; des rêves à trois sous, inspirés par le cinéma et les feuilletons télé. On les découvre braquant des banques mais se faisant voler une piscine d’enfant, traficotant afin d’avoir l’argent nécessaire pour élever les gosses d’un père parti voir ailleurs, convoyant les cendres d’un ancien du Vietnam, organisant une fête de Noël pour un demi-frère tombé du ciel, dégommant un oiseau qui imite une sonnerie de téléphone, évacuant un macchabée d’un motel sordide… Partout, la misère, physique, matérielle et morale, l’alcool, les drogues, la mort. Partout, les mensonges, les tromperies, les saloperies, mais l’envie d’autre chose. Ce ne sont pas des fêtes que rapporte Richard Lange. Ce sont des histoires écrites avec le cœur, qui bouleversent parce qu’elles disent l’autre face de notre monde.
