On ne peut dissocier ceux qui posent les bombes de ceux qui expliquent pourquoi

n.c.

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Lundi 29 juin 2009

Carte blanche

Fuat Tanlay Ambassadeur de Turquie en Belgique

Il y a quelques jours, un groupe d’académiciens et d’hommes politiques s’exprimait, dans une Carte blanche titrée « La Belgique rode sa loi antiterroriste », sur l’affaire des membres présumés du DHKP-C qui est devant la Cour d’Appel de Bruxelles (Le Soir du 16 juin). La Turquie est reconnue partie civile dans ce procès. La Carte blanche en question pourrait avoir de la signification dans un éventuel débat juridique interne à la Belgique, dans lequel je n’ai pas ma place. Par contre, je souhaite répondre à la perception erronée de l’affaire qu’il transmet au lecteur en ce qui concerne un groupe terroriste qui a à son actif 51 victimes, dont 23 civiles, en moins de quinze ans. Voici quelques points que le lecteur devrait savoir sur cette affaire.

1. La Turquie et la Belgique font partie d’un même espace juridique européen. La Turquie a ratifié et applique la Convention européenne des Droits de l’homme. Elle est soumise à la juridiction de la Cour européenne des Droits de l’homme. Ses prisons sont accessibles en permanence au Comité européen pour la prévention de la torture. La peine de mort a été abrogée en 2002 mais un moratoire était déjà en application depuis 1984 de façon ininterrompue.

2. Le terrorisme, par définition, n’existe que s’il est accompagné de propagande. Le DHKP-C lui-même définit ses actions terroristes comme « propagande armée ».

C’est par son annonce et son explication à l’opinion publique qu’un acte violent quelconque peut devenir un acte terroriste. L’acte violent en soi ne suffit pas.

On ne peut dissocier ceux qui posent les bombes de ceux qui expliquent pourquoi les bombes ont été posées. Les derniers sont aussi complices du crime terroriste. Il suffit de se rendre compte du soin apporté à la médiatisation des attentats, même ceux qui échouent, par les organisations terroristes. Or aujourd’hui, on le sait, la propagande et les actes terroristes sont souvent faits dans des pays différents.

3. Le DHKP-C est une organisation terroriste. Cette qualification n’appartient pas seulement à la Turquie mais également à l’Union européenne. La position commune de l’Union européenne sur l’application de mesures spécifiques visant à combattre le terrorisme, ainsi que le Règlement… concernant l’adoption de mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, incluent cette organisation, dont la traduction littérale du nom est « Front/Parti de Libération Révolutionnaire du Peuple ». Ces textes sont revus tous les six mois. La qualification qui est ainsi faite du DHKP-C est sans équivoque. Il s’agit d’un groupe qui a été impliqué dans des actes de terrorisme. Cette décision est prise à l’unanimité des pays membres, dont la Belgique. Les dernières versions de ces textes portent la date du 15 juin 2009. Elles ont été publiées le 16 juin dans le Journal officiel de l’Union européenne. De plus, le fait que le DHKP-C soit mentionné par l’Union européenne constitue un constat du caractère transnational de l’activité de l’organisation. Si cette organisation ne poursuivait ses activités qu’en un seul pays, la Turquie, il n’y aurait aucun sens à l’inclure dans le cadre d’une législation qui ne s’applique qu’à l’intérieur des frontières de l’Union

européenne. En effet, l’organisation est implantée et active non seulement en Belgique, mais dans d’autres pays européens.

4. Un groupe de personnes a été appréhendé dans une maison à Knokke le 26 septembre 1999. L’une d’elles était recherchée pour complicité du meurtre d’un homme d’affaires turc à Istanbul au nom de l’organisation terroriste DHKP-C. Elle a pris la fuite depuis. D’autres avouent avoir des liens avec l’organisation. Des armes et des documents appartenant au DHKP-C ont été découverts dans cette maison. L’affaire qui est aujourd’hui devant la Cour d’Appel de Bruxelles est basée sur cette découverte. De plus, des déclarations narrant, expliquant, défendant des actes terroristes du DHKP-C ont été faites par certains des inculpés. Le leader historique de l’organisation terroriste lui-même faisait partie du procès, jusqu’à sa mort des suites d’une maladie l’année dernière.

5. Le DHKP-C est toujours actif. Le 29 avril 2009, une tentative d’attaque suicide en vue d’assassiner un ancien Ministre de la Justice de la République de Turquie a échoué dans une grande université d’Ankara. Le DHKP-C en a revendiqué la responsabilité dans une longue et véhémente déclaration.

Je pense que l’opinion publique belge a le droit de prendre connaissance de ces faits, quelle que soit la décision de la Cour d’Appel de Bruxelles en l’affaire.

Pas de résultats.