« Fading », la peinture retrouve ses marques

GILLEMON,DANIELE

Mercredi 1er juillet 2009

Effacer, estomper, décaler l’image pour rendre la peinture à sa vocation. Quarante peintres belges intègrent et dépassent le médiatique.

Il est évident que l’effacement de l’image médiatique (photographique et autre…) au sein du tableau au bénéfice d’une réappropriation du terrain d’élection de la peinture, le hors-champ, les marges, le flou… est la grande affaire d’aujourd’hui. Le ras-le-bol des images médiatiques qui étouffent et saturent fait que bien des peintres contemporains font arrêt sur ce type d’image et s’en évadent au bénéfice d’un surcroît d’interrogation critique et poétique, de retrouvailles avec le sens, la matière, voire la métaphysique.

L’exposition réalisée au Musée d’Ixelles est sans conteste de qualité même si elle n’est que la part émergée d’un propos beaucoup plus vaste déjà initié à la fin du XIXe siècle avec « la fin de l’illusionnisme », la conviction que le peintre doit reproduire le visible, l’apparition de la photo et le symbolisme. Elle aurait pu intégrer bien d’autres artistes belges, d’expression française notamment. Néerlandophone, le commissaire a tout naturellement exploré la partie nord du pays au fil de ses galeries et de ses musées qui, lui semble-il, ont toujours marqué leur intérêt pour cette dynamique. Nul doute pourtant que Bruxellois et Wallons – je pense notamment à Michel Mattys et à Séroux (car qui a mieux que lui explicité par le tableau le fait que la peinture est « ce leurre auquel succombe le désir inconscient » ?) – auraient pu enrichir la manne. Plus dispersés, ils seraient selon le commissaire, Sven Vanderstichelen, plus difficiles à appréhender, ajoutant à la difficulté d’une exposition qui repose sur cinq ans de travail.

L’intérêt du propos saute donc aux yeux même si les relations induites entre deux générations de peintures « effaçant » diversement l’image, ne sont pas toujours évidentes et exigent quelques clefs, même pour le visiteur averti. Le catalogue est là, très intéressant, mais un petit guide devrait le mettre plus sommairement au parfum. Comme l’écrit Willem Elias, dans le catalogue, si l’hyperréalité de l’image induit son mystère absolu – il fait référence à L’origine du monde de Courbet – son effacement conduit parfois à la lumière. Gerhard Richter, même absent de l’expo, règne en maître sur tout ce petit monde, au même titre que le souvenir du symbolisme qui voulait se réapproprier le mystère, loin d’un positivisme excessif. Le peintre allemand ne s’est jamais satisfait d’un hyperréalisme un peu court, lui substituant un flou critique, une brume grise, ouatée, prometteuse, réorientant la peinture vers sa spécificité. Au total, une démonstration pertinente dans le chef, surtout, de certains artistes, Jan De Maesschalck, Jean-Marie Bytebier, Koen Broucke, Stéphane Balleux et surtout Michael Borremans.

Chaque tableau renvoie à un autre dans une relation qui mesure le chemin parcouru en termes de réappropriation du temps et du sens. Exposer ce tissu de relations n’exclut pas certaines faiblesses. Le désir de démontrer prend parfois le pas sur la qualité intrinsèque des œuvres, un certain nombre d’entre elles s’avérant nécessaires mais pas suffisantes. D’aucuns tombent dans le piège que Tuymans s’est tendu à lui-même. Chez eux, l’effacement du réel, sa virtualisation, n’accouche que d’images inexistantes, où l’ambiguïté perd ses droits, la dialectique, sa visibilité. Aussi ne peut-on s’empêcher de jouer l’avocat du diable et de se demander ce que le tableau dit seul, soustrait à la dynamique relationnelle. L’effacement ne doit-il pas exercer son trouble et l’œuvre témoigner seule de sa force ? On sépare alors rapidement le bon grain de l’ivraie, Dr Hugo Heyman, Tina Gillen, Jan De Vliegher, Renier & Depla, Stefan Serneels, Jan Vanriet et Dirk Braekman apparaissant comme les plus convaincants « effaceurs », avec les autres déjà cités.

Musée d’Ixelles, 71 rue Van Volsem à 1050 Bruxelles, jusqu’au 13 septembre. Tél. 02-515.64.21

Pas de résultats.